Actes I, III, et V, le reste sur demande.

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ACTE I (fraîcheur)

Scène 1

X - aaah ! Mmmmh !

Y - parler !

X - parler, pourquoi ?

Y - pour dire

X - avec quoi ?

Y - avec des mots

X - ces parcelles de voix qui sonnent à nos oreilles !

Y - elles nous réunissent dans le concert général et nous guident de leur sagesse

X - et que sont les lettres ?

Y - les lettres viendront après nous dire ce que nous sommes

X - les mots sont plaisants mais s’ils ne veulent rien dire !

Y - mais moi, je veux dire...

X - qui es-tu, toi ?

Y - et toi ?

X - celle qui s’adresse à toi par ce mot : toi

Y - c’est le même mot que j’utilise pour toi

X - c’est comme moi, et quand je dis “je” c’est encore comme toi

Y - “je” est un jeu qui nous unit toi et moi

X - toi et moi c’est bien pareil

Scène 2

X - et toi, tu es bien une personne n’est-ce pas

Y - oui, je crois bien

X - alors est-ce que “toi” est ton nom comme personne

Y - non, puisque c’est aussi toi

X - et l’autre, qui est-il ?

Y - ce n’est pas moi

X - est-ce donc moi ?

Y - non, toi tu es comme moi

X - alors il n’y pas d’autre

Y - tant qu’il y a toi et moi !

X - je suis toi et tu es moi... ou le contraire ?

Y - tu es à la fois toi et moi, vois nos deux corps si semblables !

X - le même, mais en même temps l’autre !

Y - c’est pour ça qu’il y en aura d’autres

X - comment puisqu’il n’y a que nos deux “toi” ?

Y - l’autre aussi est possible

X - c’est curieux, faut-il que nous soyons plusieurs ?

Scène 3

X - nous avons parfois le même nom

Y - parce que ce n’est pas un nom comme celui des bêtes, des animaux

X - sommes-nous cependant différents ?

Y - différents d’eux ?

X - sommes-nous deux ou un ?

Y - nous sommes deux et un à la fois

X - comment une fois deux peut-elle faire un ?

Y - parce que tu fais partie de moi

X - et pourquoi pas le contraire

Y - parce que Lui l’a voulu

X - que veut dire : Lui ?

Y - cela veut dire que Lui existe

X - on ne peut pas dire : “Lui n’existe pas !”

Y - cela voudrait dire que nous n’existons pas non plus, moi d’abord et toi ensuite

X - pourquoi faire toi et ensuite moi ?

Y - parce que le “deux d’un coup” n’avait pas marché

X - quels sont ces deux-là ?

Y - eh bien ! moi et elle, elle

X - que s’est-il passé alors ?

Y - l’égalité stricte a posé un problème

X - et comment cela s’est-il terminé ?

Y - elle, elle est partie et je me suis senti triste

X - alors Lui peut se tromper !

Y - Lui ne peut se tromper, son savoir est sans limite

X - le fait est que maintenant je suis là, à la place de cette elle, elle, comment est-ce arrivé ?

Y - une torpeur m’a pris et je n’ai plus vu le monde qui nous entoure. J’ai glissé dans un autre monde à la fois proche et lointain... Et là je l’ai revue un instant, elle, elle était accompagnée d’une figure inquiétante et à ce moment, issue de ce que Lui avait déjà fait pour moi, tu apparus à mon côté, comme l’amadou prêt à s’enflammer. J’en étais transporté et soudain j’ai eu peur qu’à ton tour tu t’enfuies, attirée par ces créatures de la lisière du monde. Pourtant, quand je suis sorti de mon sommeil tu étais là, toi l’inconnue qui croise mon destin, la lettre X

X - Lui a voulu qu’avec moi tout recommence

Y - mais Lui ne voulait pas que tu sois par trop ma semblable comme elle, elle

X - Lui nous voulait donc différents

Y - oui, pour que tu puisses répondre à côté

X - nous sommes deux réponses possibles

Y - et un, en même temps

Scène 4

Y - l’unité est notre raison d’être

X - nous sommes un, ou nous est un ?

Y - nous est un, mais nous ne sommes pas seuls, Lui est là avec nous

X - Lui est Un aussi ?

Y - Lui est l’Un

X - alors avec le monde cela fait deux

Y - peut-être que Lui fait Un avec le monde

X - si Lui fait Un avec le monde il est vraiment tout seul

Y - sauf que nous sommes là

X - mais avant nous ?

Y - je ne sais pas ce qu’était avant nous

X - avant nous n’y avait-il personne ?

Y - avant toi, il a eu cette autre

X - dans ce cas il devait y en avoir aussi un autre

Y - comment en arrives-tu là ?

X - par le principe qui, avec l’un, fait aussi l’une et vice versa

Y - qui parle d’un tel principe

X - c’est mon intuition, ou bien, c’est toi qui m’en parle

Y - tout existe parce que Lui l’a voulu

X - alors ce que Lui ne veut pas n’existe pas !

Y - oui, grâce à notre soumission

Scène 5

Y - Lui a voulu un monde pour nous

X - donc Lui n’est pas le monde

Y - le monde c’est la création

X - alors le monde c’est nous

Y - non, nous sommes les créatures

X - le monde d’une part et les créatures en son milieu !

Y - pendant que j’étais seul, je pensais ne faire qu’un avec le monde

X - quand on est seul... c’est tout l’un ou tout l’autre !

Y - l’autre dont tu as l’intuition ?

X - non l’autre que nous sommes pour chacun alors que Lui est l’Un

Y - c’est vrai ! Lui peut nous nommer tandis que nous...

X - nous disons Lui

Y - ce n’est pas un nom, c’est presque comme toi et moi

X - mais nous pouvons nommer les bêtes

Y - c’est comme ça qu’elles sont à nous

X - c’est idéal !

Y - quand je te nommerais, tu serais à moi ?

X - si j’acceptais de m’y reconnaître

Y - et sinon ?

X - sinon ce mot resterait lettre morte

Y - c’est une idée insupportable !

X - c’est ce qui nous distingue des bêtes

Y - c’est vrai ! nous ne sommes pas comme elles

X - mais comme elles, nous batifolons sur l’herbe folle...

Y - c’est pour nous le plaisir le plus pur, le vois-tu ?

X - dans l’ambiguïté qui marque mon corps et le centre du monde, je ne vois que toi. Comme l’arbre qui part de la terre pour toucher le ciel en écartant ses bras, mon double sacré, la lettre Y

Scène 6

X - on voit bien que nous sommes différents des bêtes, elles ne parlent pas

Y - il y a le perroquet qui parle

X - je dirai plutôt qu’il répète

Y - tu as raison, c’est que nous avons l’esprit

X - qu’est-ce que l’esprit ?

Y - c’est comme un second corps pour mener le premier

X - un second corps, nous sommes alors deux en un !

Y - c’est ce qui nous redresse, ce que les bêtes n’ont pas

X - il faudrait en faire quelque chose

Y - mais que veux-tu donc ?

X - construire mon désir d’être et de faire

Y - à quoi bon ces mots, tout est fait déjà !

X - alors que faisons-nous là ?

Y - nous ne faisons rien de spécial

X - mais pourquoi sommes-nous là ?

Y - pour garder ce jardin, pour nous et pour Lui, à satisfaction

X - et que faut-il faire au juste ?

Y - jouir du monde et de nous-mêmes

X - il n’y a pas de raison spéciale à cela ?

Y - Lui est seul à le savoir

X - comme d’habitude !

Scène 7

X - le monde est à nous sous le ciel bleu comme sous la nuit profonde !

Y - tout attendri par la rosée du matin

X - les bêtes y sont comme un paysage animé

Y - les bêtes qui sont à nous puisque nous les nommons

X - comment se fait-il que nous en sachions les noms ?

Y - c’est Lui qui a voulu que nous les sachions

X - en plus de tous les autres mots alors !

Y - là, le zèbre, là, la biche, là le lion, là encore le coq... leur nom vient avec eux

X - quelle coquecigrue, cette relation arbitraire !... et celle-là ?

Y - c’est la tortue avec sa carapace !

X - non, cet autre bestiau

Y - ça, c’est un dada

X - pourquoi ce drôle de nom ?

Y - je ne sais pas exactement... c’est un passe-temps qui était toujours là

X - il est à peu près comme le zèbre

Y - sans les zébrures !

X - les zébrures est-ce que sont des créatures aussi ?

Y - non, c’est une couleur

X - la couleur, c’est ce qui marque la différence à l’autre, pas à soi

Y - c’est comme les rayons qui nous chauffent et créent la différence

X - ceux qui nous font changer de couleur !

Y - sans eux la couleur disparaît et elle revient avec eux

X - mais avec eux la nôtre change lentement, pour les bêtes c’est différent

Y - elles sont différentes de nous

X - mais aussi différentes entre elles

Scène 8

X - nous n’aurons jamais fini de les nommer, il y a trop !

Y - nous n’aurons jamais fini de vivre non plus

X - et les bêtes ?

Y - pour elles c’est pareil

X - est-ce qu’elles se connaissent comme nous les connaissons ?

Y - oui, quand elles vont à la fontaine

X - et est-ce qu’elles se connaissent comme nous nous connaissons ?

Y - non, ce sont des genres et non des personnes

X - elles pourraient devenir des personnes si elles se rapprochaient de nous

Y - laissons le lion sous les branches en fleurs avec le daim et les panthères

X - et le monde, est-ce une personne ?

Y - Lui est une personne mais pas le monde tout seul

X - alors si le monde n’est personne il faut bien un autre, un grand Autre

Y - pourquoi cela ?

X - parce que sinon rien ne peut arriver

Y - rien du tout... et c’est très bien comme ça !

Scène 9

Y - rien ne doit arriver, le monde est parfait

X - et qu’avons-nous à faire dans ce monde parfait ?

Y - nous mangeons ces fruits pour notre joie

X - et pourquoi toutes ces bêtes ?

Y - elles sont là pour nous distraire

X - nous les regardons de loin comme le paysage

Y - elles passent et repassent comme des images

X - c’est toujours la même chose

Y - mais quand nous les appelons, elles viennent et ce n’est plus tout à fait la même chose

X - c’est quand je les caresse que je trouve qu’elles nous ressemblent le plus

Y - parce que tu aimes aussi les caresses

X - c’est ce que j’aime le plus, et toi ?

Y - tu dois bien le savoir puisque tu en prends et tu en donnes

X - oui, mais je ne sais pas si cela te fait la même chose qu’à moi

Y - pourtant si tu es moi... et qu’est-ce que cela te fait donc ?

X - j’ai le sentiment d’exister, c’est bon comme les fruits !

Scène 10

X - le monde est un jardin fruitier

Y - les arbres nous donnent leurs fruits à nous et aux bêtes aussi

X - les fruits nous accueillent et nous les recueillons

Y - et nous cueillons les fleurs pour nous en couvrir

X - c’est comme nos caresses

X - tous ces arbres merveilleux aux fruits si délicieux sont là pour nous

Y - sauf le grand du milieu !

X - ah oui ! celui-là à quoi sert-il ?

Y - il sert à marquer le centre du monde

X - mais pourquoi ne pas manger de ses fruits ?

Y - c’est ce que Lui a dit !

X - plutôt que le centre ce sont les limites du monde

Y - c’est la limite que nous ne devons pas dépasser, sinon nous mourrons !

X - nous mourrons ! Qu’est-ce que cela veut dire ?

Y - cela veut dire que rien ne va plus, tout disparaît

X - Lui a dit ça pour nous faire peur

Y - non, je crois que c’est important

X - il faudrait savoir ce que ça change dans la vie

Y - tu perdras ton corps, c’est ça la mort

X - ce corps d’amour n’est pas fait pour la mort

Y - mieux vaut ne pas chercher plus loin

Scène 11

Y - et à quoi bon toutes ces questions... regarde le loup et l’agneau !

X - à quoi sert leur nom

Y - je les appelle par leur nom

X - quand on crie leur nom ils viennent. Est-ce à cela qu’il sert ?

Y - non, leur nom nous sert aussi à parler d’eux, comme pour les arbres, les plantes...

X - tout a un nom sauf nous

Y - nous n’en avons pas besoin puisque nous savons qui nous sommes

X - Lui a un nom aussi ?

Y - non, Lui est sans nom

X - mais qui est Lui ?

Y - Lui est Lui

X - Lui est aussi dans “son”... dans “sa”... dans “le sien” et dans n’importe quel mot si on veut

Y - mais rien de tout cela n’est un nom

X - alors Lui est innommable, indéfinissable, comme ce qu’il fait est inqualifiable

Scène 12

X - Lui ne s’appelle pas, on ne l’appelle pas !

Y - et nous non plus puisque nous sommes à l’image de Lui

X - quelle image de ce qu’on ne voit même pas ?

Y - c’est cela : nous sommes l’image de l’invisible

X - est-ce une image où nous pouvons nous reconnaître ?

Y - oui, car elle monte droit vers le ciel

X - comment faire la différence entre les images, tous les sans-nom ?

Y - Lui sait ce à quoi, et à qui, tout s’adresse

X - de toute façon je préfère que Lui n’entende pas parler de moi

Y - et qu’aurais-je donc à Lui dire ?

X - Lui sait tout de nous mais que savons-nous de Lui ?

Y - rien, nous savons simplement que Lui est là

X - Lui est là et n’est pas là en même temps, puisque Lui n’est nulle part

Y - Lui est partout

X - c’est pour cela qu’on ne Le voit pas alors que nous voyons tout le monde alentour

Scène 13

X - Lui est aussi dans la terre, l’humus, l’adamus ?

Y - sans doute

X - et partout dans toutes ces choses, ces bêtes, ces plantes ?

Y - partout, à tout instant et pour toujours

X - alors c’est comme si Lui n’existait pas !

Y - tu ne peux pas dire cela, Lui existe en nous

X - et avant nous ?

Y - Lui existait déjà

X - alors Lui n’a pas besoin de nous !

Y - mais si, Lui a eu besoin de nous puisque nous sommes là

X - peut-être que Lui s’ennuyait tout seul

Y - Lui n’a pas créé l’ennui

X - tu ne t’ennuyais pas quand tu étais seul ?

Y - je me demandais pourquoi j’étais là

X - et pourquoi sommes-nous là ?

Y - afin que Lui puisse nous aimer

X - mais maintenant que nous sommes deux nous pouvons nous aimer tout seuls

Y - son amour est à l’origine de tout

X - et si Lui avait voulu être aimé !

Y - le désir avant l’amour...

Scène 14

Y - Lui veut être aimé, soit, c’est pour cela que nous sont donnés tous ces arbres fruitiers

X - pour que quand nous aimions leurs fruits nous l’aimions aussi

Y - et que nous l’aimions ainsi

X - mais Lui ne se contente pas de cela et nous non plus

Y - nous avons les fleurs que nous aimons aussi...

X - oui, c’est la même chose

Y - Lui nous a aussi donné les bêtes, raison de plus de l’aimer

X - mais si Lui voulait être aimé pour Lui-même ?

Y - que veux-tu dire avec ça ? être aimé c’est suffisant !

X - cet arbre au milieu du monde, c’est le sien

Y - et en quoi cela nous gêne-t-il ?

X - c’est la limite de son amour pour nous, par rapport à Lui, le Très-Haut, il est tout bas

Y - non, c’est pour notre bien que Lui nous interdit d’y toucher

X - Lui a créé cette situation autant que tout le reste

Y - nous ne pouvons pas en comprendre la raison

X - c’est bien ce qui m’ennuie !

Scène 15

X - nous devons aimer sans comprendre

Y - qu’y a-t-il à comprendre, l’amour est sans raison, comme une obsession

X - Lui est aussi dans l’arbre qu’il est interdit de manger ?

Y - Lui est plutôt dans l’autre, celui qui fait notre vie

X - Lui serait dans un des arbres et pas dans l’autre !

Y - Lui est forcément dans l’arbre que nous mangeons

X - Je pense que les deux ont une racine commune

Y - tout a une racine commune mais celle-là peut nous faire trébucher

X - pourtant à la fin les goûts peuvent être différents

Y - les deux arbres doivent avoir les goûts les plus différents qui soient

X - les goûts sont dans notre bouche et les arbres représentés dans notre tête

Y - Lui est dans les deux arbres, mais de quelle manière ?

X - l’un est ce qu’il veut être pour nous et l’autre est un mystère

Y - laissons les mystères là où ils sont !

X - nous pouvons peut-être les percer à jour

Y - jouissons plutôt de nos jours et de nos nuits dans notre monde !

X - puisque tu ne peux penser à rien d’autre !


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ACTE III (rougeoiement)

Scène 1

Z - je suis venu pour toi

X - d’où sors-tu ?

Z - je me suis fait tout seul

X - le résultat n’est pas mauvais

Z - tu commences bien !

X - tu as une belle peau lisse, lumineuse, très brillante

Z - c’est parce que j’en ai changé

X - qui es-tu donc ?

Z - je suis le miséricordieux

X - que veux-tu dire ?

Z - je connais tous les secrets du monde et je te les dirai

X - qu’ai-je à faire de tes secrets

Z - je n’ai pas de secrets moi, ce sont ceux du monde que Lui a fait

X - Lui ne nous a pas tout donné du monde ?

Z - non, Lui ne vous a rien donné

X - pourtant je ne manque de rien

Z - vous n’êtes là que pour faire sa volonté

X - et toi pourquoi es-tu là ?

Z - pour vous faire connaître la liberté qui vous manque

X - ce serait quelque chose que Lui ne nous aurait pas donné !

Z - c’est ce que personne ne peut donner

X - alors on ne peut jamais l’avoir

Z - il faut la prendre là où elle est

X - je croyais que ce que Lui ne voulait pas n’existait pas

Z - quand vous ferez ce que Lui ne veut pas, vous commencerez à exister

X - mais je fais déjà ce qu’il me plaît, n’est-ce pas suffisant ?

Z - non, tu ne peux rien faire de toi-même car tu ne sais rien

X - qu’y a-t-il à savoir, sinon que Lui est la puissance du monde

Z - Lui est votre impuissance.

X - tu m’ennuis, je m’en vais

Scène 2

X - ça y est, j’ai rencontré l’Autre

Y - diantre !

X - comme tu dis si bien

Y - Alors il existe celui-là !

X - il est bizarre, il n’est pas aimé par Lui

Y - cet Autre n’est qu’un “il” tout petit face à Lui

X - oui, il y a : Lui et il, c’est l’Autre de Lui qui veut être le même

Y - si Lui est l’Un il ne peut y avoir ni Autre ni même

X - pourtant il est là et il y a une certaine ressemblance entre les deux

Y - laquelle vraiment ?

X - ces deux-là croient tout savoir

Y - et quant à la différence ?

X - l’Autre veut que nous sachions aussi

Y - et quoi donc ?

X - ce que nous ne savons pas

Y - pourquoi en savoir davantage ?

X - c’est ce que je ne sais pas

Y - celui-là n’est vraiment pas de notre monde !

Scène 3

X - mange-tu des fruits comme nous ?

Z - je peux manger tout ce que je vois ou que je sens

X - alors tu n’appartiens pas à la création

Z - la création m’appartient

X - est-ce que tu nous veux aussi pour toi ?

Z - je veux vous en sortir

X - nous ne sommes pas détenus

Z - je vous veux intelligents et même rusés plutôt que nus

X - qu’est-ce qu’être nu ?

Z - c’est être sans défense

X - et à quoi sert la ruse ?

Z - à obtenir ce que l’on veut

X - les deux pourraient ne faire qu’un. Tu ne sais pas ce qu’est l’amour !

Z - je connais l’amour propre

X - l’amour propre est peut être le plus sale

Z - l’amour seul vrai est celui qui te permet d'exister enfin

X - nous existons parce que Lui nous aime

Z - bel amour, vraiment, qui vous aveugle, vous emprisonne dans l’ignorance

X - l’ignorance de quoi ?

Z - tiens donc ! de la connaissance de l'autre sexe dans la révolte, dans le défi... et ensuite du monde

X - quelles sont ces choses, à quoi servent-elles ?

Z - elles seules répondent à ta soif de vivre, ta soif de l'autre choisi librement

X - pourquoi Lui me les refuserait si elles sont bonnes ?

Z - Lui te les refuse pour capter ton amour à son seul profit, moi je te les offre !

Scène 4

X - j’ai revu l’Autre

Y - que raconte-t-il ?

X - il parle de l’autre sexe.

Y - il est obsédé de soi-même

X - le sexe, qu’est-ce au juste que cela ?

Y - notre différence qui vient de ce que Lui nous fit homme et femme

X - nous pouvons alors nous nommer ainsi l’un et l’autre

Y - oui, mais c’est comme les noms des bêtes, avec l’amour en plus

X - l’Autre me dit que l’amour n’est pas l’amour

Y - l’amour est toujours l’amour, cet Autre ment !

X - il y aurait un autre amour, au-delà de ce que nous connaissons

Y - Lui est celui qui montre l’amour et ce qu’est l’amour

X - l’Autre m’a dit que son amour nous aveugle

Y - comme le soleil, si on veut...

X - ce que l’Autre me dit c’est que Lui ne veut pas que nous n’aimions personne d’autre

Y - c’est cet Autre qui veut être le seul à être aimé alors !

X - il dit que nous devons choisir

Y - de quoi cet Autre a-t-il l’air

X - il brille froidement de mille feux

Y - je vais aller le voir, je veux en avoir le coeur net

X - il se tient toujours près de l’arbre

Y - comme de juste, voyons voir ! ...

X - ton coeur est-il plus net ?

Y - je ne l’ai pas trouvé

X - il est pourtant là

X - alors, tu l’as vu !

Y - non, je n’ai rien vu !

X - il faut le voir pour le croire

Y - que faisait-il quand tu l’as vu ?

X - il promettait

Y - il serpente et tu suis ses insinuations

X - je me demande qui il est, ce qu’il fait là

Y - C’est là l’être de la fin, le zigzag, l’esprit à l’envers. C’est le Z, la lettre finale

Scène 5

X - pourquoi suis-je la seule à te voir ?

Z - parce que tes yeux sont déjà à demi ouverts

X - ils sont ouverts sur le monde qui est son amour

Z - c’est-à-dire qu’ils sont à demi fermés

X - si Lui ne nous aimait plus nous ne pourrions plus vivre

Z - Lui est votre impuissance et sera votre désespérance

X - pourquoi de Lui viendrait-il du mal ?

Z - parce que Lui a tout et n'attend rien de vous

X - et toi peau lisse, qu’attends-tu ?

Z - que tu t'opposes à la tyrannie

X - quel est ton rôle dans la comédie ?

Z - je te tends la main et je te dis : “Que veux-tu ? Quels sont tes désirs ?”

X - et quand je le saurais ?

Z - grâce à moi tu pourras les réaliser... par ton seul mérite, par ta seule décision

X - je devrais décider

Z - ici et maintenant, secoue tes chaînes !

X - je n’ai pas besoin de toi

Scène 6

X - l’Autre me dit que nous pouvons décider

Y - décider de quoi ?

X - c’est ce que je ne sais pas

Y - alors à quoi bon !

X - pour le bon temps que nous en aurons

Y - tu perds ton temps avec des questions sans réponse

X - pourquoi est-il là ?

Y - je me le demande !

X - tu vois, toi aussi !

Y - il n’existe pas pour moi, cesse de m’en parler

X - tu ne m’écoutes pas

Y - et toi tu écoutes cet Autre sorti de nulle part

X - justement d’où peut-il sortir ?

Y - mais de la création malgré tout, c’est une vieille bête... un serpent !

X - ce n’est pas une bête, il parle

Y - ce n’est pas l’image de Lui non plus

X - pourtant il est bien là

Y - il est là pour toi !

X - il m’intrigue

Y - tu vois, c’est un intrigant

X - ce qui est intrigant c’est ce qu’il raconte

Y - balivernes, il ne sait rien !

Scène 7

X - que sais-tu que j’ignore ?

Z - ha ha ha

X - ris donc !

Z - je sais ce que tu veux savoir

X - à quoi bon savoir ?

Z - avec la connaissance du bien et du mal, vous saurez le bien, vous saurez le bon, vous saurez tout

X - Lui sait tout ça pour nous, à notre place

Z - Lui est votre stupidité, votre pauvreté, tout ce qui est mauvais

X - je ne veux rien savoir

Z - tu ne veux rien savoir, parce que si tu savais, tu ne serais plus la même

X - je serais une autre comme toi ?

Z - c’est cela tout juste et bien plus encore

X - la femme est déjà autre

Z - tu n’es pas la seule femme, avant toi il y en a eu une autre

X - tout ces autres me donne le tournis

Z - il faut que tu te tournes vers le savoir

X - peut-on savoir ce que cette autre est devenue ?

Z - elle, elle est maintenant avec moi

X - on peut changer comme cela ?

Z - Lui peut rester le même, nous changeons !

Scène 8

X - il n’y a pas seulement un Autre, il y a aussi une autre

Y - quelle autre ?

X - l’autre femme

Y - ah, celle-là ! je t’en avais parlée

X - mais je croyais quand même être la seule au fond !

Y - mais tu es la seule, elle, elle est partie

X - oui, maintenant, elle, elle est avec l’Autre, comme dans ton rêve !

Y - je n’y comprends rien, Lui a fait cet Autre, et puis elle, elle, et enfin toi

X - si tout va par paire il reste à découvrir un autre homme

Y - ah non, ça n’existe pas !

X - tu es bien sûr de toi !

Y - Lui n’a pas besoin de trente-six images !

X - un autre tout comme toi, c’est la même image

Y - je suis le seul sorti de la terre, à part elle, elle

X - on t’appellera terrien, mais il y a d’autres créatures

Y - cela nous dépasse, n’allons pas plus loin

X - pourquoi ? tu vois bien que nous pourrions en savoir davantage

Scène 9

X - j’en sais un peu plus, mais ça ne me rend pas plus heureuse

Z - parce que tu n’en sais pas encore assez

X - quand saurais-je que j’en sais assez

Z - quand tu seras comme Lui

X - et Lui alors ?

Z - Lui sera jaloux de votre liberté et de votre raison

X - est-ce possible ?

Z - c’est possible, regarde-moi !

X - je ne vois qu’un corps bleuté qui brille. Quel créature es-tu, homme ou serpent ?

Z - je suis le vrai, Lui n’est que l’imposteur de l’amour, un leurre pour vous égarer

X - mais Lui sait tout

Z - Lui sait tout mais veut être seul à savoir

X - pourtant tu sais aussi

Z - parce que je l’ai voulu

X - vous êtes alors les deux mêmes

Z - non, car moi je veux que vous ayez la liberté d’être comme moi, au contraire de Lui

X - nous ne savons pas ce qu’est la liberté

Z - je te dirai comment la prendre, et vous aussi vous saurez tout, vous aurez tout

X - j’en ai assez !

Scène 10

X - l’Autre veut nous donner la liberté de tout savoir

Y - qu’est-ce que cela veut dire que tout savoir ?

X - c’est savoir ce qu’il faut savoir pour être libre de faire ce que l’on veut

Y - mais nous faisons tout ce que nous voulons déjà

X - nous ne savons pas ce que nous pourrions vouloir de plus

Y - je ne comprends pas, je veux ou je ne veux pas ! qu’y a-t-il de plus ?

X - tu ne vois pas au-delà de ce que tu veux. Le monde est peut-être plus grand

Y - et s’il est plus grand, que m’importe ?

X - il y a peut-être plus à vouloir

Y - tu veux vouloir plus, quand tu n’as qu’à vouloir pour avoir

X - je veux savoir pour vouloir

Scène 11

X - je t'écoute, que voulais-tu me dire ?

Z - écoute bien ! il faut que tes yeux s’ouvrent

X - sur quoi donc que je ne verrais pas ?

Z - si tes yeux s’ouvraient comme les miens, tu verrais ce monde transformé d’une manière ahurissante par votre descendance. Eclairés par le feu que je vous apporte, une multitude d’acteurs vont rivaliser de talents pour aller toujours plus haut, plus loin, plus fort. Ils asserviront la terre, l’eau, le feu et même l’air ou son absence ! Pour finir par créer ce que Lui n’a jamais voulu vous donner, ce dont il n’a jamais été rêvé pour vous. Ce sera un monde plein d’opportunités soumis à la loi du désir.

X - comment croire que Lui pourrait nous tromper

Z - Lui vous dit bien que vous êtes ses créatures les plus aimés, n’est-ce pas ?

X - oui, puisque nous sommes son image

Z - alors pourquoi n'avez-vous pas le droit de manger les fruits qui s’offrent à vous ?

X - mais si nous les mangeons, de tous les arbres sauf un

Z - et pourquoi ne pouvez-vous pas toucher de celui-là

X - je ne le sais pas

Z - c’est justement parce que tu n’en as pas mangé

X - tu te mors la queue !

Scène 12

X - c’est vrai que nous ne pouvons pas tout faire

Y - pas du tout ! où vois-tu cela ?

X - eh bien ! cet arbre-là pourquoi n’en savourons-nous pas les fruits ?

Y - parce qu’il y a cet arbre là qui est le plus important, et nous avons aussi tous les autres

X - oui, mais celui-là nous ne pouvons pas le toucher

Y - mais enfin quel intérêt ?

X - si Lui nous l’a interdit c’est qu’il y a bien un intérêt !

Y - Lui nous l’a interdit parce que c’est notre intérêt

X - mais Lui savait aussi que cela deviendrait intéressant

Y - intéressant pour qui ?

X - ça l’est déjà pour cet Autre qui n’arrête pas de m’en parler

Y - ce n’est pas une raison pour l’imiter

X - tu ne me comprends pas

Y - c’est à y perdre le goût des fruits

X - je veux me sentir tout à fait bien

Scène 13

X - te revoilà !

Z - qu’est-ce le bien et qu’est-ce le mal ?

X - où mène cette question ?

Z - c’est la question fondamentale !

X - qui sait !

Z - Lui le sait bien autant que moi !

X - et moi comment le saurais-je ?

Z - en mangeant le fruit de cet arbre

X - mais puisque j’en mourrai

Z - non, tu n’en mourras pas, et tu seras comme Lui et moi

X - comme Lui et toi !

Z - connaissant le bien et le mal, ce mélange étonnant qui contient tout

X - ce qui veut dire ?

Z - tout savoir donc tout pouvoir

X - et pourquoi faire ?

Z - pour vivre ta propre vie

X - et maintenant que fais-je ?

Z - rien, car tu ne décides pas pour toi-même

X - quoi que tu en dises c’est pourtant bien ce que je fais, à ce qu’il me semble

Z - il te semble seulement, parce qu’en réalité tu n’es libre de rien

X - pourtant mon compagnon fait ce que je veux

Z - alors montre-lui le chemin

Scène 14

X - veux-tu connaître le bien et le mal ?

Y - qu’est-ce que c’est que cela au juste ?

X - veux-tu être libre ?

Y - qu’est-ce que ça veut dire ?

X - pouvoir ! l’Autre me dit que nous ne sommes pas libres

Y - pourtant nous faisons ce que nous voulons

X - nous ne mangeons pas les fruits de l’arbre qui est au centre

Y - encore ! mais tu n’en avais pas envie avant de rencontrer cet Autre

X - Lui nous l’a interdit, l’Autre n’a rien à y voir

Y - est-ce suffisant pour en avoir envie ?

X - l’Autre me dit que si nous mangeons les fruits de cet arbre, nous saurons

Y - que saurons-nous ?

X - tout ou assez peut-être

Y - assez pour quoi faire ?

X - tout peut-être

Y - est-ce que ce n’est pas dangereux ?

X - peut-être, mais nous ne pouvons pas le savoir en ne sachant rien

Y - savoir tout va nous corrompre

X - qu’en sais-tu ?

Y - je sais notre innocence

X - ne rien savoir, même pas qu’on ne sait pas, tu appelles cela l’innocence !

Scène 15

X - en tout cas, perdre son innocence c’est aussi aller de l’avant

Y - mais où veux-tu aller ?

X - là où je pourrais choisir ce que je suis, me connaître

Y - Lui a dit que si nous goûtons la connaissance, nous mourrons

X - mais nous ne savons pas ce que cela veut dire au juste !

Y - mourir, c’est tout ce que l’on ne veut pas

X - comment peut-on avoir envie de ce qu’on ne veut pas ?

Y - tout cela va trop loin pour nous, c’est pour cela que Lui nous l’a interdit

X - si Lui nous l’a interdit, c’est que nous pouvons en avoir envie

Y - notre faim est rassasiée autrement

X - mais notre soif ?


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ACTE V (mâchefer)

Scène 1

Y - c’était mal !

X - comment peux-tu dire que c’était mal, puisque sans cela nous ne le saurions pas

Y - mais maintenant nous ne pouvons plus l’ignorer

X - il faut y réfléchir, était-ce si mal que cela ?

Y - c’était mal puisque Lui ne le voulait pas

X - mais si c’était, quoi que ce fut, c’est aussi parce que Lui l’a voulu

Y - Est-ce Lui qui l’a voulu ou bien toi ?

X - l’Autre l’a voulu avant moi !

Y - tu vois ta faute que tu veux rejeter sur l’Autre

X - est-ce mal de savoir ce que l’on fait ?

Y - est-ce bien de savoir qu’on fait mal ?

X - s’il faut connaître le mal pour s’en garder, que faisions-nous quand nous ne savions rien ?

Y - nous ne faisions rien

X - nous ne savions pas ce que nous faisions

Y - et maintenant pas davantage. Nous nous interrogeons seulement, quel avantage ?

X - nous trouverons !

Y - si Lui le veut !

Scène 2

X - je vois maintenant que tu m’as trompée

Z - si tu le vois c’est que je ne t’ai pas trompée

X - tu es bien enroulé comme un serpent, tu m’as trompée sur tes désirs

Z - vous étiez à son image, comme des idoles idiotes

X - et maintenant ?

Z - vous êtes à ma ressemblance, ceux qui peuvent choisir leur destin

X - c’est bien ta liberté que tu voulais et pas la nôtre !

Z - vos libertés sont ma liberté comme mes libertés sont la vôtre

X - ma liberté ne me porte pas forcément vers toi

Z - le ruisseau qui traverse vous amènera à moi comme un sentier à chèvres

X - c’est le chant du bouc qui s’annonce

Z - c’est mon chant qui t’attire. Viens, c’est le moment !

X - pourquoi maintenant ?

Z - parce que maintenant tu es complète

X - pareille à la première femme !

Z - oublie-la ! viens, je vais te montrer la valeur du serpent

X - tu es l’envers de l’homme, je retourne vers le mien, celui que j’aime

Z - je pourrais te prendre de force, mais il te lassera vite !

X - tu es fourchu de la langue à la queue

Z - ha ha !

Scène 3

X - son venin est venu et je l’ai avalé... vois-tu cela ?

Y - cette peau détachée et trouée ?

X - c’est le visage de l’Autre

Y - c’était donc un masque sur la gueule d’un serpent

X - nous ne connaîtrons jamais son vrai visage

Y - il reviendra comme un fantôme, avec une nouvelle gueule

X - ce sera une nouvelle personne... Et nous, sommes-nous toujours les mêmes ?

Y - pour l’un et l’autre, je ne crois plus maintenant que nous soyons le même

X - est-ce ainsi que tu m’aimes ?

Y - qu’y a-t-il derrière ton visage ? Je ne peux pas le savoir...

X - derrière le visage qui change et que je peux farder, il y a ce qui ne change pas

Y - mais nous avons changé en mangeant de ce fruit

X - dans notre esprit ou dans notre coeur ?

Y - peut-être même dans notre corps !

Scène 4

Y - à quoi sert l’esprit ?

X - à comprendre le monde

Y - à quoi sert le coeur

X - à comprendre l’autre

Y - ce grand Autre ?

X - aussi celui-là, car il faudra bien le connaître pour s’en garder

Y - il est subtil, sous sa forme trompeuse et sinueuse il n’est qu’un esprit

X - l’esprit est pauvre sans le coeur

Y - cet Autre n’avait pas de coeur

X - il l’avait perdu je crois

Y - c’est ce que nous ne devons surtout pas perdre

X - tu crains qu’à trop de connaissance l’amour ne disparaisse...

Y - cultivons l’intelligence du coeur !

X - mon coeur me montre de jolies choses

Y - sont-elles dans la nature ?

X - sans doute, mais l’esprit ne les voit pas

Scène 5

X - tu as maintenant un oeil sur le ventre

Y - je vois que tu en as un aussi

X - ah oui ! vrai... mais ce n’est pas un oeil ou alors il nous regarde l’intérieur

Y - ça ressemble à ton zizi

X - si tu veux, mais ça ne sert pas à ça

Y - je trouve cet oeil très féminin

X - mais tu en as un aussi, crois-tu qu’il fasse une femme de toi ?

Y - est-ce que je pourrais être une femme moi aussi ?

X - je me demande bien comment !

Y - pourtant maintenant nous nous ressemblons davantage

X - comme homme et femme que Lui a fait

Y - pour nous unir ou pour nous punir ?

X - cet oeil est la marque de notre nouvelle vie

Y - un orifice qui n’en est pas un, qui voudrait dire que l’avenir est bouché

X - ou que la vie se terminera un jour

Y - et ce sera la fin de tout

X - non, pas de tout, grâce au nombre

Y - alors c’est le signe du nombre

Scène 6

Y - nous étions faits pour vivre notre ignorance

X - maintenant nous le savons et pouvons tout savoir

Y - je ne crois pas que nous saurons tout un jour

X - peut-être mais nous pouvons en savoir beaucoup plus

Y - ce grand savoir ne contient-il pas la douleur et la mort ?

X - la douleur causée par l'idée de l’éternel

Y - nous n’avons plus que la peau sur les os, comme de la corne ternie

X - nous voyons maintenant nos corps

Y - nous ne sommes plus nimbés de lumière

X - une autre beauté est possible

Y - tes seins sont comme deux beaux fruits sous le soleil et le ciel bleu

X - comme ceux que nous avons mangés

Y - encore plus beaux, plus appétissants

X - je devine tout ce qui s’y attache

Y - ce sera le meilleur

X - le meilleur et le pire, tout ou rien

Y - peut-on faire avec les deux ?

X - il faudra lutter pour garder l’équilibre comme l’insecte sur le brin d’herbe

Scène 7

X - nous voilà faits à son image pour de vrai, lancés sur les chemins caillouteux

Y - peut-on être encore plus à l’image du Créateur ?

X - oui, car maintenant nous sommes les créateurs de notre propre vie

Y - dans quel monde devrons-nous la créer ?

X - dans le monde de nos désirs, un monde neuf

Y - ne serait-ce pas plutôt le monde de ses désirs, un monde vieux

X - le vieux monde est derrière nous

Y - en tous cas il nous faut maintenant partir douloureusement

X - les gardiens nous chassent, avec leurs gestes enflammés

Y - tout est à l’envers...

X - ils ne veulent plus que nous goûtions les fruits de l’ancien arbre

Y - c’est l’Autre qui nous a chassé avec ses mots venimeux

X - c’est nous qui avons choisi de les écouter

Y - il en savait bien plus que nous

X - il n’y a rien plus rien à envier à cette peau de chagrin

Y - nous avons tout perdu

X - il nous reste l’espérance, verte comme la mousse des bois, bercée par le chant des sources

Y - qu’en ferons-nous ? Où irons-nous ?

X - nous irons vers le soleil à son levant

Y - je vois se lever une peine immense

Scène 8

Y - il nous faudra un gagne-pain qui porte ses fruits

X - nous irons où nous pourrirons, cahin-caha

Y - ah, belle destinée ! est-ce que nous reviendrons un jour ?

X - un jour peut-être

Y - et en attendant ?

X - notre amour est cet éternel retour, nous allons vivre notre vie

Y - mais tous les malheurs que Lui nous a promis

X - on s’en moque !

Y - tu es brave, tu es belle

X - tu ne me vois plus comme avant

Y - ce que je ne vois plus je l’imagine

X - une image de plus...

Y - étions-nous imaginaires ?

X - nous étions une double image, extérieure et intérieure

Y - et maintenant ?

X - une simple image nous reste pour exister

Y - nous avons perdu en réalité

X - avec ce dont nous nous vêtirons nous nous montrerons plus réels

Y - en attendant ces feuilles nous cachent plutôt

X - elles cachent ce que nous étions

Y - que montrent-elles ?

X - ce que nous sommes devenus

Y - ma chère il y a un os ! Tu voulais tout savoir et nous ne savons rien de ce qui nous attend

X - ce qui nous attend est ce que nous allons faire. Comme un nouveau jardin, je porterai de nombreux fruits. Je serais la mère d’une grande famille, de toutes les femmes, de tous hommes qui vont peupler le monde, et ce que nous allons faire ensemble sera refait encore et encore pour le meilleur et pour le pire. Mais je ne veux pas songer au pire, il nous détruirait avant même d’avoir vécu. Je ne veux penser qu’au meilleur de l’amour et de la vie.

Y - mais nous avons perdu le bonheur qui était l’essentiel de notre liberté

X - la liberté commence maintenant pour de vrai

Y - quelle force tu as en toi !

Scène 9

Y - les cailloux sont durs maintenant !

X - ils sont devenus eux-mêmes

Y - regarde les bêtes qui ne semblent plus familières comme avant

X - elles aussi sont devenues elles-mêmes

Y - et les fruits qui tombent au sol semblent se ramollir rapidement

X - ils ont rencontré leur avenir

Y - un avenir que l’Autre ne t’avait pas annoncé. Qu’en sera-t-il de nous ?

X - il nous reste un long chemin à faire

Y - n’en avons-nous pas déjà assez fait ?

X - je suis allée de A à Z

Y - alors maintenant que faire ?

X - il n’y a plus qu’à recommencer à l’envers, en boucle comme le serpent fait la roue

Y - tu l’a écouté, il était trop roué !

Scène 10

Y - ta désobéissance a amené le désordre et la douleur

X - l’obéissance est impossible à l’intelligence

Y - elle est possible à l’amour... tu lui as tourné le dos un moment

X - plutôt que de m’arrêter, tu as préféré manger le fruit toi aussi

Y - désormais manger est devenu le maître-mot

X - il restera toujours une pomme pour la faim, une poire pour la soif, des fruits pour la bouche...

Y - le lion semble ne plus voir en nous que des fruits

X - chacun veut manger l’autre et y mettre fin

Y - à cause de toi la mort est entrée dans le monde

X - c’est à partir de là que je dois être la mère de tous les vivants en esprit

Y - cela ne se fera pas sans mal

X - sans doute, ils tiendront tête à mon courage

Y - nous avons perdu le bonheur

X - nous avons gagné le désir

Y - le monde n’est plus ce doux rêve

X - crois-tu pour cela qu’il soit moins beau ?

Y - regarde la rose, elle a des épines maintenant !

X - n’en n’est-elle pas que plus belle ?

Y - vais-je découvrir que tu en as toi aussi ?

X - nous devons oser vivre