Esope, le malicieux fabuliste, que son maître Xantus avait envoyé au marché afin de régaler quelques-uns de ses amis en lui commandant d'acheter seulement ce qu'il y aurait de meilleur, se dit in petto : " Je t'apprendrais à préciser ce que tu souhaites, sans t'en remettre à ton esclave." Il n'acheta donc que des langues, lesquelles il fit accommoder à toutes les sauces, l'une en entrée, la seconde en entremets, et ainsi de suite. Les invités commencèrent par louer ces mets avant de se dégoûter de la monotonie
"Ne t'avais-je pas commandé d'acheter ce qu'il y avait de meilleur ? reprocha Xantus à Esope
- Eh bien ! qu'y a-t-il de meilleur que la langue ? reprit Esope. Elle est le lien de la vie civile, la clef des sciences, l'organe de la vérité et de la raison. Par elle on bâtit les villes et on les police, on instruit, on persuade, on règne dans les assemblées et l'on s'acquitte du premier de tous les devoirs qui est de louer les Dieux.
- Bien ! dit Xantus qui voulait avoir le dernier mot, achète-moi demain ce qu'il y a de pire. Ces mêmes personnes viendront de nouveau et je veux les surprendre.
Le lendemain Esope fit servir les mêmes mets.
- Qu'est-ce à dire ! s'exclama Xantus, ne t'avais-je pas dit de nous offrir ce qu'il y avait de pire et tu fais resservir le meilleur ?
- C'est que, répondit Esope, la langue est la meilleure et aussi la pire des choses.
Elle est la mère de tous débats, la nourrice des procès, la source des divisions et des guerres. Si on dit qu'elle est l'organe de la vérité, elle est aussi celui de l'erreur, et, ce qui est pis, de la calomnie. Par elle on détruit les villes, on persuade de méchantes choses. Si d'un côté elle loue les dieux, de l'autre elle profère des blasphèmes contre leur puissance."
Comme l'a dit Esope, la langue est bien la meilleure et la pire des choses ! Pour s'en convaincre il suffit d'écouter la radio où le meilleur, s'il en est, se trouve tellement taché du pire, qu'on a envie de dire : Arrêtez le massacre !
tribune
mercredi, juillet 9 2008
La défonce de la frange lancaise
Par Frédéric d'Artois le mercredi, juillet 9 2008, 12:20