Littérature et art martial
J'avais toujours aimé les contes, les contes traditionnels comme les contes tragiques d'Andersen, mais jamais je n'avais pensé en écrire. Tout a commencé quand mon maître de Ninjutsu m’a dit qu’il fallait qu’il me parle à la fin du cours... De cet entretien, j’avais tout à craindre car, autant vous l’avouer, le tapis rouge sang de la voie du guerrier n’est pas tissé de pétales de roses mais plutôt de chausse-trappes ; et c’est tant mieux, somme toute, puisque le but est le dépassement, non le délassement. Une fois assis face à lui, foin d’admonestation, tout au contraire une invitation à jouer un peu plus de la plume, l’arme de l’esprit. Il s’agissait, d’éveiller de jeunes enthousiasmes, de les canaliser pour les convaincre de prendre une place bien assise parmi les Ninja, à l’aide d’histoires héroïques, de petites saynètes ouvrant la porte à l’imagination.
Je n’ai que raison de m’en satisfaire, d’autant plus que je ne suis pas le seul à manier la plume au dojo et, modeste artiste martial, je me console en m’essayant artiste... tout court. Car dans l’idéal, l’homme de l’art doit aussi être homme de tous les arts, y compris écrivain ou peintre dans la grande tradition ; celle d’Agrippa d’Aubignée : homme d’épée, d’action et de lettres, ou celle de son contemporain Miyamoto Musashi qui n’était pas exactement poète, mais peintre et calligraphe. Grande tradition entretenue aujourd’hui par maître Hatsumi qui nous démontre que, si les armes doivent rester sages, l’art peut s’exercer sans modération à l'aide de la plume et du pinceau.
Cette éthique devait, bien évidemment, s’exprimer dans les historiettes héroïques qui ne pouvaient être, en même temps, que des fables morales. J’ai donc repris, dans la tradition, des histoires qui m’ont paru édifiantes pour les condenser et les adapter en langue moderne. Il s’agit toujours du chemin que prend la vérité pour s’imposer avec, le plus souvent, la victoire sur l’ego, le sien propre ou celui de l’autre parce que l’on déjà vaincu le sien. Entre les fables héroïques classiques et celles où le combat reste strictement intérieur, celle de "l'Ecole du Combat sans Arme" est là pour faire l'unité.
Chemin faisant, je me suis aperçu, une fois encore, qu'il y avait loin de la coupe aux lèvres ! Les histoires de Ninja proprement dites, plus ou moins véridiques, me sont apparues un peu trop sanglantes et violentes pour être présentées d'emblée à des débutants. Il valait mieux pour eux une introduction rassurante et humanisante sur la base de fables héroïques et des sages maximes qui en découlent, comme la tradition nous en a transmise quelques unes. Cependant leur nombre s'est révélé extrêmement limité. Quand j'ai eu rassemblé les historiettes que l'on trouve partout, reproduites par tel ou tel, chacun à sa manière, et que je me sois employé à les rédiger à mon tour à ma façon, cela n'atteignait même pas la dizaine. Pour atteindre seulement la vingtaine, il a fallu aller pêcher en eau profonde...
ETRE ASIATIQUE
de Claude Lingagne
A qui critique
Les Asiatiques
Répondez du tac
Au tac
Que c'est un tic
Que les Asiatiques
Sont sympathiques
Ont des civilisations antiques
Des dessins artistiques
Des arts martiaux éthiques
Des médecines énergétiques
Des soins esthétiques
Des appareils fantastiques
Donc être Asiatiques
Ce n'est pas du toc
Et toc !