Un pièce écrite en 1978, inspirée de faits réels
L’Allemagne a été le berceau du romantisme. C’est pourquoi beaucoup des événements spécifiquement allemands de l’époque moderne récente, même lorsqu’ils peuvent être reliés à d’autres systèmes de pensée, d’autres idéologies qui relèvent de domaines étrangers ou éloignés de ce romantisme si profondément enraciné dans l’âme allemande, y ramènent malgré tout par de nombreux aspects.
Le combat perdu d’avance, mené par des jeunes gens écartelés entre idéal et pragmatisme et qui se sont engagés, sinon fourvoyés, dans l’action, poussés par un besoin irrépressible d’apporter des réponses concrètes à ce qui pouvait sembler ne devoir être que sujet de débat, que lutte purement politique ou idéologique, a rejoint cette grande tradition où ils ont retrouvé les Brigands de Schiller. Romantisme et classicisme rejoignent, à travers eux, le modernisme et le surréalisme dans une tentative avortée qui, par son échec même, a souligné les questions sans réponse que portait en son sein la société industrielle avancée de la fin du vingtième siècle. C’est sans doute pourquoi ils ne peuvent pas être oubliés purement et simplement, comme si leur brève existence, malheureusement marquée par la violence où ils se sont égarés avant de la subir à leur tour, n’avait été qu’un tragique accident de l’histoire.
Ils appartiennent à la mémoire du vingtième siècle, mais en ce début du vingt-et-unième siècle, Adreas Baader, Gudrun Ensslin et Ulrike Meinhof ne peuvent être oubliés.
A ce propos me reviens en mémoire un fait intéressant. J'ai eu, par hasard l'occasion, de rencontrer à l'Université du Sussex où j'étais assistant en 1980, une allemande qui s'appelait aussi Ulrike Meinhof, par pure homonymie. Et, bien qu'il n'y ait eu aucun lien d'aucune sorte entre elle et celle que nous connaissons, elle s'était finalement réfugié en Angleterre (et l'université lui avait fait une place) pour échapper aux persécutions policières incessantes dont elle était l'objet dans son pays. Etonnant non !
En conclusion je citerais une phrase de Freud qui se trouve en dernière page de son essai : Malaise dans la Civilisation, qui ramène au fond du problème avec la modestie qui caractérise ce grand penseur : "Aussi, n'ai-je pas le courage de m'ériger en prophète devant mes frères ; et je m'incline devant le reproche de n'être à même de leur apporter aucune consolation. Car c'est bien cela qu'ils désirent tous, les révolutionnaires les plus sauvages non moins passionément que les plus braves piétistes."

