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samedi, juillet 30 2011

Deuil à la Cité Internationale Universitaire de Paris


Le deuil peut se faire en grande cérémonie ou sans cérémonie, juste dans le secret de nos cœurs et, chose plus singulière, je dirais même extraordinaire, un deuil et un autre deuil, soudainement apparus de concert, peuvent se mêler si étroitement qu’ils vont jusqu’à confondre, en une seule tristesse inextricable, des événements totalement étrangers, sans que celui qui ressent la violence des sentiments ne puisse dire ni pourquoi ni comment. On ne peut dire, non plus, s’ils se mélangent pour plus ou pour moins de douleur, car chacune séparément ne pouvant être mesuré la somme des deux ne peut l’être davantage.

Deux deuils donc, les plus dissemblables qu’on puisse imaginer. D’une part, la perte de Karl Poulsen le sympathique directeur de la fondation danoise de la Cité internationale Universitaire de Paris et, de l’autre, de la jeune femme de l’Université Catholique de Louvain, venue à la Fondation Biermans-Lapôtre (Maison de la Belgique) pour mener à bien ses recherches sur la noblesse dans les grands Pays-Bas. Mais elle, Dieu merci, n’est pas morte ; ce qui est mort c’est plutôt une idée que je me faisais de moi-même et que le prêtre, qui célébrait l’office à la mémoire de Karl, a enterré sans le savoir.

Commençons par le commencement ! Karl Poulsen était le directeur de la Fondation Danoise de la Cité depuis une éternité, mais je ne le connaissais que de quelques années. A la Cité, c’était un personnage incontournable car il était parmi les directeurs de ce qu’on appelle les maisons non-rattachées (qui restent attachées aux pays qu’elles représentent) un des plus dynamiques. Professeur de littérature comparée, traducteur, grand amateur de poésie et de jazz, il organisait fréquemment, à la Fondation Danoise, des concerts, des soirées de poésie, présentant des artistes talentueux avec un réel talent d’organisateur. Souvent, à l’issue de la soirée, la bière coulait à flots et les langues se déliaient. On pouvait parler aux artistes, Karl participait.

Mais tout à une fin ! Depuis plus d’un an moi, et quelques autres fidèles, avions remarqué que quelque chose n’allait pas, car Karl, à qui sa silhouette avait longtemps donné des allures de Falstaff, avait beaucoup maigri au point de devenir, in fine, svelte comme un jeune homme. Il semblait fatigué aussi, ce qui n’était pas étonnant pour quelqu’un qui avait autant maigri. Mais on ne maigrit pas de la sorte sans raison. Et la raison nous la devinions bien qu’il fût toujours le même et fasse preuve d’une admirable discrétion. Oui, il était toujours le même et peut-être, même, encore plus lui-même à chaque fois : un homme attachant qui semblait nous être également attaché, puisqu’il s’attardait à nous faire la conversation après les concerts, plus que par le passé. A la fin il paraissait même aller mieux. Il semblait plus aérien, ce qui nous donnait cette impression. Et puis la nouvelle est tombée, en cette fin de juillet, il était mort d’un cancer.

L’inhumation a eu lieu au cimetière du Père Lachaise. L’hommage funèbre était donné à la chapelle de l’Est qui était pleine de monde. Il y avait bien sûr de nombreux directeurs d’autres maisons de la Cité, Lyliane, une autre fidèle, et moi-même, qui représentions les habitués. La cérémonie était émouvante, un jeune prêtre parlait avec éloquence, en s’interrompant par moments pour laisser place aux voix de la cantatrice et de l’harmonium. L’oraison nous rappelait la parabole du grain qui meurt pour donner naissance à un épi. Ainsi Karl laissait-il derrière lui ce qu’il avait semé, il avait travaillé au service de l’art qui apporte de l’élégance dans notre vie. Son action nous avait permis d’enrichir un peu plus notre vie, de même qu’elle avait permis aux artistes de s’exprimer. Cela menait au message central de l’Evangile : “Celui qui veut sauver sa vie la perd”. D’où le sens de s’ouvrir aux autres, comme l’avait fait Karl, en offrant ses efforts, son temps et sa disponibilité. C’est à ce dernier mot que j’ai compris pourquoi je me sentais si mal depuis quelques jours, avant même que la nouvelle de la mort de Karl ne me parvienne.

Tout avait commencé une semaine aupavant au Restaurant de la Cité, lorsque dînant rapidement avec le projet d’aller faire une partie d’échec japonais ou Shogi avec une connaissance, je demandais à une jeune femme qui s’apprêtait à dîner si je pouvais lui tenir compagnie. A peine lui avais-je souhaité bon appétit qu’elle me posa cette question bien tournée :
" Vous êtes du quartier ?
– Non mais je suis un ancien résident de la Cité et j’y reviens fréquemment pour assister aux événements culturels.
– Ce soir ?
– Malheureusement, il n’y a rien." A mon tour je lui demandais si elle était du quartier, et elle en était effectivement puisqu’elle résidait à la Fondation Biermans-Lapôtre, venant de l’Université de Louvain pour faire des recherches à la Bibliothèque Nationale sur la noblesse dans les grands Pays-Bas, c’est-à-dire l’ensemble constitué par la Hollande, la Belgique et le Nord de la France. Je lui dis que je connaissais bien la Fondation Belge qui faisait beaucoup de manifestations culturelles. Je ne lui apprenais rien. Elle n’y était que depuis quatre mois et très vite elle ajouta qu’elle partait à la fin du mois.
" Vous ne revenez pas ?
– Non.
– C’est dommage, nous aurions pu nous revoir aux soirées de la Fondation !"

“Non” est un mot qui suffit à vous briser le coeur, même quand il est dit, comme alors, sans aucune mauvaise intention. Elle me parlait de ses recherches et comme il s’agissait de la noblesse belge, entraîné par le sujet, je lui parlais d’Adrienne d’Artois, la deuxième femme de ma vie par ordre d’entrée en scène et la première dans tous les autres ordres. Enfant naturel, fille d’Elodie d’Artois, je n’avais jamais compris comment elle pouvait être la petite-fille d’un comte d’Artois... “Y avait-il aussi un Artois en Belgique ?” lui demandais-je. Elle m’expliqua, mais ce n’était pas si clair, que cela ne pouvait venir que de l’époque où la province d’Artois française faisait partie de ces fameux grands Pays-bas. Ensuite je partis sur le concept de noblesse et son universalité, qui en Europe remontait à Charlemagne mais qui existait aussi au Japon selon une autre tradition de même que chez les Aztèques tout à fait indépendamment.

Nous parlions, mais c’était moi qui parlais le plus et à un moment j’ai eu honte, j’avais l’impression d’en profiter, de profiter de sa disponibilité pour parler de moi. Je me soûlais de mes propres paroles. En elle tout me plaisait, le fait qu’elle soit historienne faisant des recherches, son discours bien tourné, son beau visage de femme ayant déjà un peu vécu, ses manières charmantes, tout était parfait. “Je vais m’attacher à elle et quand elle partira, je vais souffrir”, ai-je pensé. Un instant j’ai voulu lui demander comment elle s’appelait et, je ne sais pourquoi, j’y ai renoncé. La seule excuse que je puisse maintenant me trouver est que le diable n’était pas loin. Quoi qu’il en soit, je n’ai rien fait de ce que je fais habituellement, je ne lui ai pas parlé de mon blog, pas donné ma carte de visite littéraire qui le présente et, donc, pas demandé la sienne. Je ne lui ai pas demandé si elle avait publié. J’ai été un parfait goujat n’écoutant que la bête raison. Ayant fini de manger, je l’ai plantée là pour rejoindre le gaillard qui m’attendait dans le hall pour la partie de Shogi, ce qui était d’une stupidité sans nom. En conclusion, je lui ai souhaité un bon retour à Louvain, pensant être poli, et je me suis enfui lâchement. En déposant mon plateau sur le tapis roulant, je me suis retourné pour lui adresser un dernier sourire auquel elle a répondu de son côté. A son pauvre sourire, je vis bien qu’elle regrettait que je la quitte. Il y avait bien de quoi être écoeurée, mais, “perseverare diabolicum”, cela n’a pas suffit à me faire faire demi-tour.

“Vous allez partir, lui avais-je dit, pour m’excuser.” Quelle excuse ! Je ne voulais pas souffrir... Quelle erreur ! J’ai souffert tout de suite. Dès le lendemain, je cherchais à la retrouver mais le mal était fait. La Fondation Belge est un immense caravansérail et pour la retrouver sans son nom il aurait fallu être Sherlock Holmes. Dans mes efforts, j’ai fini par accrocher le directeur de la Maison, pour lui en faire la description, pensant qu’il devait la connaître par son activité. Il secoua la tête, et me dit en souriant : “Je ne sais pas tout ce qu’ils font.” Il ne me restait plus qu’à la guetter, ce que je fis, mais l’histoire ne repasse pas les plats.

La vie peut être cruelle ; dès le début j’ai vécu pour le savoir. Mais le plus cruel de tout, c’est de se rendre compte que l’on n’apprend ni assez vite, ni assez bien. Et que pour avoir fait un tas d’erreurs, de fautes, dont on voudrait croire qu’on ne les fera plus, on retombe quand même dans l’ornière. J’ai voulu trouver mon salut dans la fuite, pourtant je connaissais le couplet sur l’amour dans la Carmen de Bizet : “Tu crois le tenir, il t’évite, tu crois l’éviter, il te tient.” Alors qu’avais-je à attendre de cette rencontre avec une charmante jeune femme, de surcroît brillante, moi qui ne suis plus tout jeune ? Probablement rien ! Mais ce n’était pas une raison pour la fuir. Elle avait travaillé dur et elle voulait se distraire un peu avant de quitter Paris, c’était bien naturel. Contrairement à Karl avec nous, je ne lui ai pas offert mon temps, ma disponibilité, j’ai été d’un égoïsme total. Le juste prix en est que je me suis retrouvé face à moi-même, pris à mon propre piège, ne pouvant plus rien faire de bien. J’ai été l’héontontimorouménos des Fleurs du Mal et, comme le poète, je ne peux plus chercher la consolation qu’avec ma plume. Quelqu’un lira, quelqu’un saura, rira ou bien partagera mon fardeau...

vendredi, mai 28 2010

L'axe Kyoto-Pékin


De Kyoto à Pékin il y a une dissymétrie car Kyoto n’est pas Tokyo bien qu’on les confondent parfois quand on les voit de loin : Paris, Ripas, ce serait surprenant, mais s’il on y regarde d’un peu plus près on s’aperçoit grâce aux Kanji (ou caractères chinois) que si le Kyo de Kyoto et de Tokyo est bien le même les To sont différents puisqu’il y a en fait Tô (o long) et To, le premier signifiant est “l’Est” et le second “la ville”. Tokyo signifie donc “capitale de l’Est” et chose peu connue c’est aussi les sens du nom de la province nord du Vietnam, le Tonkin. Donc en Chinois, Tokyo et Tonkin s’écrivent de même avec ces deux caractères 東京. Quant à Pékin 北京, prononcé Beijin, en japonais cela donne Hokukyo ou plus exactement Hokukyô, soit Capitale du Nord. Car c’est ainsi, les capitales s’appellent Capitale et le nom de Kyoto 京都, qui a été capitale impériale du Japon pendant mille ans, signifie “la ville capitale”.

Je voulais donc voir Pékin, capitale de la Chine éternelle, empire qui défit le temps. Et pour m’accompagner j’avais trouvé Gabrielle, une japonaise d’Osaka. Mais si les Japonais peuvent débarquer en Chine sans difficulté, un Français doit se munir d’un visa. Bon ! me dis-je, à la guerre comme à la guerre, et de me pointer au Consulat chinois d’Osaka.” Ah, monsieur pour faire une demande de visa, il faut d’abord avoir un billet d’avion. Donc finalement j’ai dû y aller trois fois, une deuxième fois pour faire la demande et une troisième pour retirer le dit visa. 4000 yens de visa plus 3000 de transport, 7000 yen pour le visa soit 20% du coût total du voyage. Mais une autre surprise m’attendait. Grâce à l’oeil de Google Analytics, je m’informe des connexions qui s’opèrent sur mon blog (celui que vous êtes en train de consulter) et en particulier de leur origines géographiques. C’est ainsi que j’ai eu le plaisir de constater que j’avais des visiteurs presque dans le monde entier, y compris au Japon, mais en Chine jamais. Je ne m’en étais pas inquiété outre mesure, les Chinois avaient autre chose à faire. Mais deux jours après avoir fait ma demande de visa et rempli à cet effet un questionnaire personnel très détaillé au consulat, j’ai eu la surprise de compter pas moins de 17 connexions réparties sur l’ensemble du territoire chinois. Me voilà maintenant connu en Chine, voire même enregistré, à toute chose malheur est bon. Donc attachez vos ceintures et en route pour Pékin.

Surprise relative en faisant escale dans les aéroports chinois, c’est le chic stalinien du décor. La surprise vient de la nouvelle réputation de la Chine d’être entièrement converti à l’économie de marché et partie pour conquérir le monde capitaliste avec ses propres armes. Eh bien, c’est un peu rapide, d’abord l’exigence du billet d’avion pour délivrer le visa et typiquement bureaucratique l’esprit marchand voudrait que le visa soit vendu même pour ne pas être utilisé, ce serait toujours ça de gagné. Et puis il y a l’esthétique. Je n’ai pas eu l’occasion de voir l’Union Soviétique, mais j’ai vu la République Démocratique Allemande, également disparue, mais que la Chine d’aujourd’hui m’a rappelé. A première vue par le goût du décor monumental et aussi par le style des magasins d’aéroport, un peu spartiates style Intershop. On voit cela aussi dans le centre de Pékin, autour d’une place qui m’a rappelé façon véhémente la place centrale de Berlin est. Le stalinisme était donc bien une culture avec son esthétique. En voyant cela et ensuite le grouillement de la foule chinoise de Pékin, je me suis dit que je devrais peut-être lire maintenant le petit livre rouge des pensées de Ma, pour essayer de comprendre le génie qui a réussit à faire avaler au peuple chinois un système si contraire à sa personnalité profonde.

La Chine est grande et il y a sans doute bien un Chine, et pas seulement à l’extérieur, comme Taiwan, Hong Kong ou Macho, Il y a aussi la Mongolie dite intérieure et dite Mongolie, bien que peuplée maintenant de 80% de Han. Mais je voulais voir Pékin, la tête de l’empire. Mais finalement Pékin ne dit pas grand chose. Une chose pareille est difficilement imaginable pour quelqu’un originaire d’une capitale européenne, car Pékin a fait table rase du passé. A part la cité interdite et deux ou trois bricoles, il ne reste rien. C’est une immense jungle de béton, où se rassemblent 18 millions d’habitants, dont les plus anciens bâtiments date de la 2ème partie du 20ème siècle. Ce sont pour la plupart des tours de trente étages groupées souvent par paquets de cinq identiques qui sont plantés dans le sol à perte de vue. Et, fait remarquable, les constructions ne sont jamais mitoyennes, ce qui donne une impression de fouilli impressionnant et surtout de démesure. Si l’on compare à Kyoto, on peut trouver une certaine parenté car dans les quartiers périphériques les immeubles ne sont pas mitoyens non plus ce sont souvent de petites maisons flanquée d’un minuscule jardin ou des immeubles de petites tailles ce qui conserve au décor une dimension humaine, d’autant plus qu’on voit partout de petits temples et parfois de grands, qui rappellent que d’autres époques ont précédé le temps présent et dont la présence rassurante sauve le Kyotoïte d’être un déraciné du temps. De plus, dans le centre ville, plus concentré, les immeubles sont mitoyens et assez haut, ce qui produit des avenues assez semblables à ce que l’on voit dans le ville européennes. Rien de tout cela à Pékin, incroyable charivari de tours qui semblent avoir poussé là par hasard et où, faute d’avenue, la ville est parcouru par des autoroute urbaine qui la découpent en quartier comme un gigantesque carcasse.

Vous pouvez voir tout cela en parcourant mon Histoire sans Parole et même encore plus car, d'après ce document exceptionnel atteste (c'est un véritable scoop) que les Ninja ont pris pied sur la Grande Muraille de Chine, probablement en venant de la Manchourie.

........................................Histoire sans parole


Axe K-P 1 2 3 Axe K-P 4 5 6 Axe K-P 7 8 9

dimanche, décembre 14 2008

Press-book de Septième Etage, Gauche, Droite.

L’Eclats de Scène nouveau est arrivé. Voilà donc les appréciations de cette association qui me massacre allègrement comme d’habitude. Cette fois j’en suis plus agacé qu’avant car ce sont toujours les mêmes a priori : “ce n’est pas du théâtre.” Qu’ils définissent donc ce qu’il entendent par là, où commence et où fini le théâtre pour eux, après on pourra discuter. Ils vont même jusqu’à dire qu’il n’y a pas d’histoire pour justifier le fait qu’il n’y ont rien compris. Il est évident que si l’on regarde la pièce de Brecht “...Arturo Ui” sans s’apercevoir qu’il s’agit d’un portrait d’Hitler, on va être amené à dire qu’on n’a rien compris à l’histoire et à ce que l’auteur a voulu dire. Toute proportions gardées il en va de même avec ma pièce, si malgré les multiples allusions, certaines relevée comme la référence à Ulrike Meinhof, on ne comprend pas que la pièce est la transposition dans un immeuble bourgeois de la mort de Baader et de ses acolytes dans la prison de Stanheim... Evidemment l’histoire n’a ni queue ni tête. Pourtant c’est gros comme une prison, le “suicide” de Baader d’une balle dans la nuque n’a pas d’équivalent. Quand à More et Hypérion, il s’agit de personnages historiques dont les noms sont bien connus et l’on peut s’étonner qu’ils ne soit par reconnus non plus, par ces lecteurs en principe spécialisées qui sont donc amenés à juger du haut de leur ignorance.

Quand on a un doute, il est aujourd’hui très facile d’aller sur Internet et d’opérer des rapprochements. Voir dans la pièce la Stasi et l’Allemagne de l’Est précisément quand on voit qu’il est fait mention d’Ulrike Meinhof, c’est un peu surprenant et ne laisse aucune chance pour tous les rapprochements à faire, à commencer par celui avec le chancelier Helmut Schmidt, chef du gouvernement Ouest-Allemand à l’époque, du gorille enlevé avec l’enlèvement d’Hans-Martin Schleyer, ou encore de Klaus avec ses croissants et de l’avocat Klaus Croissant, etc. Comble de tout : affirmer que ma pièce ne contient pas d’histoire, implique que la fin tragique de la bande à Baader en prison, que la pièce retrace fidèlement, n’en est pas une non plus... Autrement dit il ne s’est rien passé !

Je soumet donc leur critiques à votre critique après avoir, comme d’habitude, corrigé leur nombreuses fautes d’orthographe. Mais en fait ce n’est pas moi c’est le correcteur orthographique qui fait cela quasi automatiquement, mais c’est comme d’aller faire des recherches avec Google, encore faut-il prendre la peine de le lui demander. Ici même ils auraient d'ailleurs trouvé quelques réponses à leurs interrogations.

Réponse du Comité de Lecture d'Eclats de Scène, le 14 mai 2009

Monsieur,

Le comité de lecture d’Eclats de Scènes est composé de bénévoles qui lisent les textes qu’on leur envoie et qui en sélectionnent quelques uns selon des critères qui lui sont propres. Ce comité est libre d’énoncer ses choix, ses membres ne subissent aucune pression de quelque nature que ce soit et n’ont aucun pouvoir sur qui que ce soit, si ce n’est de proposer les textes choisis à l’équipe artistique d’Eclats de Scènes. Les auteurs qui envoient leur texte à notre comité le font librement. Ils reçoivent une réponse d’acceptation ou non et sont ensuite libres de consulter les fiches qui les concernent, personne ne les y oblige. Vous avez décidé librement de nous envoyer vos textes. Vous avez décidé librement de consulter nos fiches. Si vous n’êtes pas satisfait de notre réponse, vous ne pouvez vous en prendre qu’à vous-même : la colère s’est emparée de vous ; elle est bien mauvaise conseillère et vous fait adopter une attitude qui vous ridiculise. Vous avez dû passer pour bien inconséquent aux yeux de ceux qui ont lu votre blog : vous envoyez vos textes à des « lecteurs en principe spécialisés », ce sont vos termes, et vous leur reprochez leur ignorance et leurs fautes d’orthographe : pourquoi ne choisissez-vous pas un autre comité ? Pourquoi vous obstinez-vous à nous envoyer vos textes ? Vous serez certainement bien plus satisfait de recevoir la lettre type des comités professionnels, qui tient en 2 lignes, et vous remercie en vous disant que votre texte ne correspond pas à leurs critères. Nous sommes bénévoles et libres de nous exprimer ; nous essayons par nos remarques, énoncées courtoisement, d’aider, autant que faire se peut, les auteurs. La courtoisie, la colère vous l’a fait oublier, comme elle ne vous a pas permis de voir combien certaines de nos fiches étaient élogieuses : « cette pièce a d’incontestables qualités », « l’efficacité de l’écriture est réelle », « cette pièce m’a plu à la lecture », « l’action est bien menée ». Ce n’est pas là ce qui s’appelle « massacrer » un auteur comme vous le dites. Mais toutes nos fiches signalaient le manque de références explicites à un contexte historique précis et vous vous moquez en disant que nous n’avons pas vu qu’il s’agissait d’une transposition de la mort d’Ulrike Meinhof : or vous avez tout fait pour masquer les faits, pas de prison mais un immeuble, pas de femme seule mais 3 personnages, la télé qui donne des nouvelles parle d’Ulrike Meintopf, (encore une transposition). Qui prouve que ces nouvelles télévisuelles ne viennent pas d’un pays voisin ? L’indice est trop tenu pour permettre une identification du contexte historique. Bref, vous brouillez constamment les pistes et vous conseillez à vos lecteurs d’éclaircir les allusions à l’aide d’internet , comme si notre public allait au théâtre avec un ordinateur portable pour pouvoir décrypter les allusions masquées des auteurs !!! Dario Fo, prix Nobel de littérature, a écrit dans Récits de Femmes et autres histoires, avec Franca Rame, un monologue d’Ulrike Meinhof, dans sa cellule d’isolement. Il a pris la peine de faire figurer avant son texte une biographie précise d’Ulrike Meinhof pour que ses lecteurs identifient bien son personnage : pourquoi ne vous êtes-vous pas donné cette peine ?…. Quel hommage avez-vous rendu à ce drame si votre transposition ne permet pas même de l’identifier ? Quant à nos prétendues nombreuses fautes d’orthographe, nous sommes plusieurs dont le métier est de corriger celles des autres. Nos fiches peuvent comporter des défaillances mais pas dans la proportion que vous indiquez avec une mauvaise foi évidente ; balayez devant votre porte, plutôt que de laisser la colère vous irriter. Nous avons passé du temps à vous lire, nous avons passé du temps à écrire nos fiches, ne nous le faites pas regretter ; nous sommes bénévoles et libres de nous exprimer ; vous nous avez manqué de respect et rendu public ce qui est, dans votre intérêt, tacitement confidentiel. Vous avez porté tort à notre travail et nous ne pouvons pas l’accepter. Nous avons laissé passer du temps pour vous répondre ; le temps que votre déception et votre colère s’apaisent et que vous retrouviez vos esprits. Nous vous demandons la publication de notre réponse sur votre blog, n’est-ce pas un juste retour des choses ? En vous souhaitant de trouver un comité qui vous comprenne et retienne vos textes, bien à vous. Le comité d’Eclats de Scènes.

Ma réponse Au Comité de lecture, du même jour

Merci de votre réponse ce qui me satisfait déjà du fait que vous êtes allé voir ce que je racontais sur mon blog. Votre qualité de bénévoles ne m'avait pas échappée et j'irais même jusqu'à vous qualifier de passionnés, évidemment tout le contraire de ceux qui ne répondent que par deux lignes. J'accepte, au moins en partie, les reproches que vous m'adressez.

vôtre Frédéric Sausse

Ce que j'en pense in fine

Evidemment, quand on s'instaure critique c'est dans le but d'en délivrer et non d'en recevoir. Cependant même ceux qui n'en font pas profession ont le droit de critiquer. Les membres d'Eclat de Scènes sont des passionnés, je l'ai pensé et dit autour de moi, dès le début mais ce n'est pas une raison pour croire tout ce qu'ils racontent et je ne vois pas pourquoi je devrais être forcément satisfait de ce qu'ils me disent pour la seule raison d'avoir parfaitement librement choisi de leur soumettre mes textes. Alors merci pour les compliments mais qu'on m'assène à chaque fois que ce j'écris n'est pas du théâtre m'est effectivement resté sur l'estomac (je veux bien qu'on parle de colère) et c'est quoi alors ? Passons ! Concernant la dernière pièce je n'ai pas tant brouillé les pistes que certains autre lecteurs n'ai pas vu de quoi il s'agissait qui n'est d'ailleurs pas, contrairement à ce qui est indiqué ci-dessus, la mort d'Ulrike Meinhof (comprenne qui pourra !). Je n'ai moi-même, faut-il le préciser, aucun pouvoir, et même encore moins, sinon celui d'écrire, mettons alors que j'ai tendance à en abuser bien que l'effet de nuisance reste à prouver. Pour ce qui est du caractère confidentiel, les choses qui vont sans dire vont encore mieux en le disant.

Coup de théâtre

Je croyais avoir tout dit sur le sujet... Hé bien non ! La vie trouve toujours le moyen de vous en apprendre davantage et même l'amertume se patine avec le temps. Il me semblait avoir, sur le théâtre, de bons informateurs, pourtant c'est seulement en lisant (en novembre 2009) "Corneille", la biographie du grand dramaturge par Robert Brasillach que je tombe sur cette phrase (L'homme et son oeuvre, Librairie Arthème Fayard, p. 106) : "Pierre Corneille imite les critiques dramatiques de tous les temps, il hoche la tête, il dit : ce n'est pas du théâtre." Vous l'aurez deviné, l'auteur concerné par ce jugement sans appel n'était autre que l'immense Racine. Voilà de quoi mettre du baume au coeur de votre insignifiant serviteur. Maintenant que j'ai partagé, de cette façon, le sort de l'auteur d'Andromaque, ma pièce préférée, je ne peux plus que remercier ceux qui m'ont fait cet insigne honneur.

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mercredi, novembre 12 2008

Septième Etage, Gauche, Droite.


Un pièce écrite en 1978, inspirée de faits réels

Grec, Esslin, Carmen, Meinhof, More

L’Allemagne a été le berceau du romantisme. C’est pourquoi beaucoup des événements spécifiquement allemands de l’époque moderne récente, même lorsqu’ils peuvent être reliés à d’autres systèmes de pensée, d’autres idéologies qui relèvent de domaines étrangers ou éloignés de ce romantisme si profondément enraciné dans l’âme allemande, y ramènent malgré tout par de nombreux aspects.

Le combat perdu d’avance, mené par des jeunes gens écartelés entre idéal et pragmatisme et qui se sont engagés, sinon fourvoyés, dans l’action, poussés par un besoin irrépressible d’apporter des réponses concrètes à ce qui pouvait sembler ne devoir être que sujet de débat, que lutte purement politique ou idéologique, a rejoint cette grande tradition où ils ont retrouvé les Brigands de Schiller. Romantisme et classicisme rejoignent, à travers eux, le modernisme et le surréalisme dans une tentative avortée qui, par son échec même, a souligné les questions sans réponse que portait en son sein la société industrielle avancée de la fin du vingtième siècle. C’est sans doute pourquoi ils ne peuvent pas être oubliés purement et simplement, comme si leur brève existence, malheureusement marquée par la violence où ils se sont égarés avant de la subir à leur tour, n’avait été qu’un tragique accident de l’histoire.
Ils appartiennent à la mémoire du vingtième siècle, mais en ce début du vingt-et-unième siècle, Adreas Baader, Gudrun Ensslin et Ulrike Meinhof ne peuvent être oubliés.

A ce propos me reviens en mémoire un fait intéressant. J'ai eu, par hasard l'occasion, de rencontrer à l'Université du Sussex où j'étais assistant en 1980, une allemande qui s'appelait aussi Ulrike Meinhof, par pure homonymie. Et, bien qu'il n'y ait eu aucun lien d'aucune sorte entre elle et celle que nous connaissons, elle s'était finalement réfugié en Angleterre (et l'université lui avait fait une place) pour échapper aux persécutions policières incessantes dont elle était l'objet dans son pays. Etonnant non !

En conclusion je citerais une phrase de Freud qui se trouve en dernière page de son essai : Malaise dans la Civilisation, qui ramène au fond du problème avec la modestie qui caractérise ce grand penseur : "Aussi, n'ai-je pas le courage de m'ériger en prophète devant mes frères ; et je m'incline devant le reproche de n'être à même de leur apporter aucune consolation. Car c'est bien cela qu'ils désirent tous, les révolutionnaires les plus sauvages non moins passionément que les plus braves piétistes."

Drame en 5 actes et 1 tableau

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mercredi, juillet 9 2008

La défonce de la frange lancaise


En tête de La Defonse

Esope, le malicieux fabuliste, que son maître Xantus avait envoyé au marché afin de régaler quelques-uns de ses amis en lui commandant d'acheter seulement ce qu'il y aurait de meilleur, se dit in petto : " Je t'apprendrais à préciser ce que tu souhaites, sans t'en remettre à ton esclave." Il n'acheta donc que des langues, lesquelles il fit accommoder à toutes les sauces, l'une en entrée, la seconde en entremets, et ainsi de suite. Les invités commencèrent par louer ces mets avant de se dégoûter de la monotonie
"Ne t'avais-je pas commandé d'acheter ce qu'il y avait de meilleur ? reprocha Xantus à Esope
- Eh bien ! qu'y a-t-il de meilleur que la langue ? reprit Esope. Elle est le lien de la vie civile, la clef des sciences, l'organe de la vérité et de la raison. Par elle on bâtit les villes et on les police, on instruit, on persuade, on règne dans les assemblées et l'on s'acquitte du premier de tous les devoirs qui est de louer les Dieux.
- Bien ! dit Xantus qui voulait avoir le dernier mot, achète-moi demain ce qu'il y a de pire. Ces mêmes personnes viendront de nouveau et je veux les surprendre.
Le lendemain Esope fit servir les mêmes mets.
- Qu'est-ce à dire ! s'exclama Xantus, ne t'avais-je pas dit de nous offrir ce qu'il y avait de pire et tu fais resservir le meilleur ?
- C'est que, répondit Esope, la langue est la meilleure et aussi la pire des choses. Elle est la mère de tous débats, la nourrice des procès, la source des divisions et des guerres. Si on dit qu'elle est l'organe de la vérité, elle est aussi celui de l'erreur, et, ce qui est pis, de la calomnie. Par elle on détruit les villes, on persuade de méchantes choses. Si d'un côté elle loue les dieux, de l'autre elle profère des blasphèmes contre leur puissance."

Comme l'a dit Esope, la langue est bien la meilleure et la pire des choses ! Pour s'en convaincre il suffit d'écouter la radio où le meilleur, s'il en est, se trouve tellement taché du pire, qu'on a envie de dire : Arrêtez le massacre !

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mercredi, juin 25 2008

Villon's Ballad of the Ladies of Bygone Times


La preuve par l'étymologie

J’avais une mère férue d’étymologie, autrement dit : frappée par la science du vrai ! Pour elle c’était tout ce qui lui restait de l’école où elle avait fait latin-grec. Pour moi, confiné au moderne par mon père, elle a commencé à exister à la suite d’un rassemblement en Grèce contre les colonels retransmis par la radio. “Democratia” criaient les manifestants. “Tiens, ils disent comme nous !” commentait une visiteuse. “C’est un mot grec !” me dit alors la mère en question qui faisait ses choux gras de l’ignorance et de la bêtise. J’avais douze ou treize ans et ce fut un déclic. Avec ma mère, tout n’a d’ailleurs été que déclic, alors qu’avec mon père ce n’était que des claques. Une fois, une seule elle m’a fait un cours de latin, en me demandant de traduire la phrase : “Nilus flumen totam Aegyptem irrigat.” Cela paraît très simple mais j’ai fait une erreur qu’elle jugea surprenante en traduisant “Nilus” par aucun. Le Nil, sans doute, est le coeur de l’Egypte et moi je n’en voyais point. C’était une introduction en la matière, mais sa vision de l’étymologie était sommaire et surtout fixite, reposant sur l’idée qu’un mot avait le même sens que son étymon. Je ne sais si c’est ce qu’on lui avait appris à l’école (du grec scoleo qui signifie loisir). Par la suite j’ai lu “la Preuve par l’Etymologie” antiphrase de Jean Pauhlan et bien que convaincu par sa démonstration je me suis de plus en plus intéressé à cette étymologie si problématique au point de m’en imbiber peu à peu et in fine de ne plus pouvoir écrire un mot sans m’en informer.

Je me souviens d’un circonstance ancienne où la connaissance de l'étymologie m’a singulièrement manqué. C’était en classe de première, je m’étais pris à avancer que “antan” signifiait non pas “jadis” mais en fait “l’année dernière” ce que le professeur, un espagnol qui enseignait sa langue, ne voulait pas croire. Mes condisciples, dans un bel élan unanime, renchérissaient que non, non, non, au grand jamais “antan” ne voulait pas dire l’année dernière. “Je cède à cette levée de boucliers” dis-je dans un souffle. Non, me dit alors le professeur, si vous avez raison, vous avez raison contre tout le monde. Un peu rasséréné par ces bonnes paroles je lançais une dernière tentative en citant le poème de Villon qui chantait la fragilité de l’être par la métaphore des neiges de l’année dernière (pour les japonais ce sont les fleurs de cerisiers). Non, non, insista le brave pédagogue, qui ne voulait décidément pas en démordre, ce sont les neiges de l’année dernière et aussi celles des années précédentes. Las ! antan égale jadis, en dépit de Villon qui avait pris soin de faire la distinction. Si j’avais pu dire à ce moment que “antan” était la contraction de “ante annum” j’aurais peut-être pu convaincre les sceptiques.

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jeudi, mars 27 2008

日本的な個性を表わす将棋


Shogi
Le jeu d’échec, inventé aux Indes par l’empereur Ravana qui voulait voir ses généraux s’exercer à la stratégie et à la tactique, a pris son nom en Perse de “shah”, échec et mat signifiant “le roi est mort”. Parti dans toutes les directions il est arrivé au Japon vers le 8ème s. mais c’est vers la fin du 16ème s. que fut adoptée la forme actuelle du jeu sous le nom de Shogi. Cette réforme, traditionnellement attribuée à l’empereur Go Nara, introduit l’idée géniale du parachutage des pièces prises à l’adversaire, ce qui fait que lorsqu’on perd une pièce on creuse l’écart de deux. Cela, ajouté au fait que toutes les pièces peuvent aller “à dame” (rôle tenu par le général d’or) offre une grande capacité de retournement qui donne au jeu d’échec japonais sa personnalité à nulle autre pareille.

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mercredi, février 6 2008

Curriculum Vitae ― 履歴書


Le CV, cauchemar du marginal cherchant à se compromettre, ne me fait plus peur maintenant et d'autant moins que je m'expose maintenant à tous les regards, couvert seulement de ma plume. Ce blog reçoit un dizaine de visiteurs par jour en moyenne, ainsi que me le fait savoir Google Analytics... J'attends toujours qu'ils me fassent part de leur commentaires : ravissement ou indignation cela me serait bien égal. Mais la fortune que je chatouille de ma plume reste de marbre.

Devrais-je me sentir visé par ce que dit Henry Murger dans la préface de ses Scènes de la Vie de Bohème :
" (...) et parmi ceux qui réalisent les espérances données, mais qui, par insouciance, par timidité ou par ignorance de la vie pratique, s'imaginent que tout est dit quand l'œuvre est terminée, et attendent que l'admiration publique et la fortune entrent chez eux par escalade et avec effraction. Ils vivent pour ainsi dire en marge de la société, dans l'isolement et dans l'inertie. Pétrifiés dans l'art, ils prennent à la lettre exacte les symboles du dithyrambe académique qui placent une auréoles sur le front des poètes, et, persuadés qu'ils flamboient dans leur ombre, ils attendent qu'on viennent les trouver."

Bien, bien ! S'il faut sortir de sa réserve, comme l'indien, ou du bois, comme le loup, commençons par le commencement : voici mon CV que vous pouvez consulter en cliquant sur "lire la suite", comme d'habitude.

Le courrier des lecteurs
Pour ce qui est des réactions, je n'ai pas la quantité mais j'ai la qualité. Je remercie chaleureusement cette charmante lectrice.

Monsieur
Devant tant d'insistance de critiques ou de remarques relatives à votre CV, je me permets de vous répondre (vu qu'en l'occurence, c'est plutôt ce que vous aimeriez et comme j'aime faire plaisir au gens - ben voilà, je vous répond). J'aime le côté biographie originale et visuelle (sur Internet c une évidence ! mince). Surtout j'y ai décelé une certaine dérision voir une notion de l'absurde que j'adore. Votre CV est certainement l'un des plus riches de non dits nous interpellant : simple CV listant les étapes d'une vie ? ou CV exprimant des regrets d'une vie riche Autres ?

bien cordialement, bonsoir. Nelly
(dimanche 14 septembre 2008, par Nelly Jane)

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dimanche, septembre 23 2007

Tableaux de famille... sur fond(ts) mouvant(s)


Mon ami Philippe, qui a été le premier à lire ces nouvelles autrefois, m'en a dit que c’était une écriture médusante et pétrifiante. "Ils sont morts, mais ils sont encore capables de tuer," a-t-il ajouté. Il s’en était tenu à un jugement littéraire mais d’autres réactions se sont exprimées au premier degré et ont été plutôt négatives. Je vois que de ces écrits, dans la mesure où ils ne seront pas purement et simplement ignorés, je n’ai rien à attendre de bon : des sarcasmes, voire des condamnations, qui ne seront que l’écho indéfiniment répété de la malédiction. Mais peu me chaut, je veux témoigner, pour moi et pour ceux qui sont restés sans voix. Peut-être cette petite bouteille à la mer arrivera-t-elle quand même à bon port, là où elle sera utile.

L'ami Bernard (d'Avignon) a, quant à lui, trouvé à ces nouvelles un goût de déjà vu, déjà avalé, peut-être de par la lecture de Dickens, mais aussi par celle de l'auteur de ces lignes puisqu'il m'a déclaré en savoir plus qu'assez avec la lecture du chapitre II du roman (voir Nicola, ci-dessous). Il a même souligné le retournement du propos, quand le narrateur, au chapitre III, change de vie et devient, à ses yeux, un membre de la classe des privilégiés. Privilégié, c'était bien son intention de le devenir, mais pour la classe je lui ai répondu qu'un enfant maltraité ou abandonnique (qui ne vivra pas l'abandon une fois mais de façon quasi-permanente) n'est d'aucune classe. Pour au moins une raison très facile à comprendre : l'enfant maltraité l'est aussi automatiquement par les domestiques de ses parents ou assimilés (tout le monde a des serviteurs, d'une manière ou d'une autre) qui trouvent là un semblant de revanche. Si bien qu'il ne développe aucun sentiment d'appartenance de classe, la persécution, comme éventuellement son contraire, venant de tous les horizons.

Ces nouvelles ont constitué mon entrée dans l'écriture mais, même si la matière est là, abondante, elle ne coule pas de source pour faire un roman fleuve. Ce n'est pas un long fleuve (plutôt un oued) et surtout il n'est pas tranquille. En fait, en les écrivant, je revis émotionnellement ce que j'avais éprouvé à l'époque, je m'inflige une double peine. Mais cela en vaut la peine, car j'ai rencontré une attente, suivie d'une réaction de mon lecteur le plus enthousiaste :

"J'ai vu que tu avais continué à alimenter ton blog en nouvelles. Je les ai lues avec toujours autant d'intérêt. Il m'a semblé qu'elles étaient encore plus noires que les précédentes par les descriptions des traitements humiliants que tu as subis pendant ton adolescence. Décidément personne n'a jamais pris ton parti (en dehors de la jeune cousine qui a reversé une partie de son verre de limonade dans le tien). Tout le monde autour de toi s'acharnait à te mépriser, t'ignorer ou t'humilier, voire même t'affamer (ta propre mère !) ou te jeter dehors. J'ai presque du mal à le croire tellement c'est systématique. Pas un seul pour prendre ton parti, comme Ferré (cf. Le Grand Ferré). Et l'entourage le plus proche, y compris la grand-mère, le frère... Un enfer ! Et le jeune garçon que tu étais semblait finalement peu réagir à toutes ces humiliations, il s'enfermait en lui-même. Cela devait les irriter encore davantage ! Ce sont là encore des témoignages terrifiants sur les maltraitances dont tu as été victime, transmuées par une écriture limpide et un ton distancié, voire teinté d'humour. La dernière nouvelle (Les Seigneurs du Château) est un régal. On découvre la mentalité très particulière de cette classe sociale qui avait des préjugés aussi ridicules que les noms dont tu les as affublés. Une réussite ! Moi aussi je dis "again !”

L'ami Bernard (de la Cité), en écrivant ces lignes, ne peut s'empêcher d'exprimer une incrédulité de principe. Cela ne me surprend pas, au contraire, je dirais même que, face à ce que je raconte, l'incrédulité est inévitable, j'ai pu le constater et encore une fois avec le Père André D. (S. J.) qui n'a pu s'empêcher de me demander si je ne forçais pas un peu le trait. Les seuls capables de recevoir ce type de témoignage sans passer par la case incrédulité sont les psys, les gens du métier, qui savent que ces comportements maltraitants ne sont pas extraordinaires, pas même exceptionnels, ils sont courants mais généralement dissimulés, comme ce fut le cas en ce qui me concerne. C’est d’ailleurs quelqu’un du métier, un psychanalyste bio-énergiticien spécialiste de la maltraitance infantile et lui-même ancien enfant maltraité, qui m’a fourni la réponse au doute qu’exprime Bernard dans sa phrase : “J'ai presque du mal à le croire tellement c'est systématique.” Parlant de mon entourage familial il m’a dit : “c’est un système maltraitant.” Eh oui ! l’erreur qu’il était impossible de ne pas faire, c’était de les considérer comme des individus et d’attendre qu’à un moment ou un autre, l’un d’entre eux pourrait se séparer de la meute. Aucune chance ! Le mimétisme faisait que l’intérêt individuel de chacun se fondait avec celui de chaque autre pour produire, in fine, le lingot massif du comportement maltraitant qui apporte un bouc émissaire propice à la cohésion du groupe.

C'est là le point le plus important : ces comportements transcendent l’individu et ne sont pas rares ! Ce qui est rare, ce sont les témoignages, car celui qui commence sa vie dans un tel contexte a peu de chance d'accéder ensuite à des moyens d'expression qui lui permettront de témoigner, pour faire face, de surcroît, à une indifférence générale, qui s'exprime d'abord par un scepticisme inévitable, voire une réprobation, portée par la condamnation de ce qui est considéré comme un vain exercice, ou même un règlement de comptes tardif et mal venu.

Alors, si l'on peut penser que l'omerta qui règne, et probablement régnera toujours, sur la maltraitance, on peut aussi voir plus loin. Je citerais à ce propos les travaux de la psychanalyste Alice Miller, qui dans son livre "C'est pour ton Bien" présente Hitler comme un ancien enfant maltraité. Avec cette thèse l'omerta rejoint la politique de l'autruche, car l'humanité récolte alors ce qu'elle a semé.

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mardi, septembre 11 2007

Album de familles


Lettre d’Abou Ghraïb

Un nouveau jour s'est levé sur ma prison, où je suis parce que les autres sont et où les autres sont parce que j'y suis. Que se soit sous les dehors d'un ciel bleu et d'un soleil éclatant ou derrière le rideau poisseux de la tempête de sable, je vais à mes rendez-vous. Où est le bon temps ? Je n'aurais pas cru que tant d'entraves me seraient appliquées dès lors que mes qualifications ont été reconnues. Mes qualifications sont reconnues mais ma qualité est ignorée et je suis comme un rat pris au piège d'un labyrinthe pervers dont tous les codes ont été corrompus à mon détriment. Puisque je suis tombé là, il faut bien que je passe le temps, fasse mon chemin, trouve mon bonheur. Je suis en charge. C’est sacrément lourd ! alors il faut que ça sorte... Je sors les cartes de mon jeu... de mon jeu ou de mes jeux. C’est la vie qui prend corps.

Album
Je ne vois pas d'esprit de corps. Je suis chargé de gérer les corps et je m'applique à mon travail. Un travail plutôt dangereux, car qui sait ce que peut sortir de ces corps, de ce qu'ils cachent ? Pour qu'ils deviennent sages comme des images, il vaut mieux affronter les dragons un par un. Chaque fois que je me concentre sur un sujet il devient alors mon objet privilégié, l'objet de mes soins ; clic clac ! Son corps est comme mien sans être comme le mien. C’est un appendice un peu gauche, un membre tout engourdi que je peux bouger malgré tout, bien qu’il ait perdu sa sensibilité. Sur son visage naissent des expressions étranges, intrigantes, plutôt amusantes en fait. On dirait la douleur, la peine, mais moi je ne sens rien, je ne ressens rien. C’est mon corps et en même temps ce n’est pas mon corps. Mon corps me fait souffrir pour un rien, je suis obligé de m’en méfier, de le chouchouter. Son corps, en revanche, est plastique, élastique, réactif. Son et lumière ! C’est un spectacle, un théâtre d’opérations. J’opère et j’agis du même coup sur ses pensées, ses désirs. Je les mets en adéquation avec les miens. Il ne peut pas m’échapper. Je contrôle tout. Alors il va penser comme moi et faire ce que je veux, cesser de me contrarier moi et la circulation de mes fluides vitaux. Mais en plus, J’ai envie de m’amuser un peu, d’échapper aux contraintes. J’appuie et ça s’allume ! Claque ; une, deux, trois, clique. Prenons la pause : une fois, deux fois, trois fois... Ça marche à tous les coups. Quel soulagement ! Quelle facilité ! Quelle liberté ! C’est une pâte à modeler chaude de couleurs que je pétris à pleines mains, à plein coeur, avec une joie toujours recommencée.

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vendredi, août 17 2007

Contes orientaux


Littérature et art martial

J'avais toujours aimé les contes, les contes traditionnels comme les contes tragiques d'Andersen, mais jamais je n'avais pensé en écrire. Tout a commencé quand mon maître de Ninjutsu m’a dit qu’il fallait qu’il me parle à la fin du cours... De cet entretien, j’avais tout à craindre car, autant vous l’avouer, le tapis rouge sang de la voie du guerrier n’est pas tissé de pétales de roses mais plutôt de chausse-trappes ; et c’est tant mieux, somme toute, puisque le but est le dépassement, non le délassement. Une fois assis face à lui, foin d’admonestation, tout au contraire une invitation à jouer un peu plus de la plume, l’arme de l’esprit. Il s’agissait, d’éveiller de jeunes enthousiasmes, de les canaliser pour les convaincre de prendre une place bien assise parmi les Ninja, à l’aide d’histoires héroïques, de petites saynètes ouvrant la porte à l’imagination.

Je n’ai que raison de m’en satisfaire, d’autant plus que je ne suis pas le seul à manier la plume au dojo et, modeste artiste martial, je me console en m’essayant artiste... tout court. Car dans l’idéal, l’homme de l’art doit aussi être homme de tous les arts, y compris écrivain ou peintre dans la grande tradition ; celle d’Agrippa d’Aubignée : homme d’épée, d’action et de lettres, ou celle de son contemporain Miyamoto Musashi qui n’était pas exactement poète, mais peintre et calligraphe. Grande tradition entretenue aujourd’hui par maître Hatsumi qui nous démontre que, si les armes doivent rester sages, l’art peut s’exercer sans modération à l'aide de la plume et du pinceau.

Contes
Cette éthique devait, bien évidemment, s’exprimer dans les historiettes héroïques qui ne pouvaient être, en même temps, que des fables morales. J’ai donc repris, dans la tradition, des histoires qui m’ont paru édifiantes pour les condenser et les adapter en langue moderne. Il s’agit toujours du chemin que prend la vérité pour s’imposer avec, le plus souvent, la victoire sur l’ego, le sien propre ou celui de l’autre parce que l’on déjà vaincu le sien. Entre les fables héroïques classiques et celles où le combat reste strictement intérieur, celle de "l'Ecole du Combat sans Arme" est là pour faire l'unité.

Contes
Chemin faisant, je me suis aperçu, une fois encore, qu'il y avait loin de la coupe aux lèvres ! Les histoires de Ninja proprement dites, plus ou moins véridiques, me sont apparues un peu trop sanglantes et violentes pour être présentées d'emblée à des débutants. Il valait mieux pour eux une introduction rassurante et humanisante sur la base de fables héroïques et des sages maximes qui en découlent, comme la tradition nous en a transmise quelques unes. Cependant leur nombre s'est révélé extrêmement limité. Quand j'ai eu rassemblé les historiettes que l'on trouve partout, reproduites par tel ou tel, chacun à sa manière, et que je me sois employé à les rédiger à mon tour à ma façon, cela n'atteignait même pas la dizaine. Pour atteindre seulement la vingtaine, il a fallu aller pêcher en eau profonde...

contes 3

ETRE ASIATIQUE
par Claude Lingagne
Si l'on critique
Les Asiatiques
Répondez du tac
Au tac
Que c'est un tic
Que les Asiatiques
Sont sympathiques
Qu'ils ont des civilisations antiques
Des dessins artistiques
Des arts martiaux éthiques
Des médecines énergétiques
Des soins esthétiques
Des appareils fantastiques
Etre Asiatiques
Ce n'est pas du toc

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samedi, août 11 2007

On ne peut pas vivre de regrets


Introduction

Dans une lettre, je confiais à un ami que j'écrivais mon journal intime et j'avais l'intention de le présenter à un éditeur quand il aurait pris un certain volume. Sa réponse, sur ce point, fut pour me dire qu'il me fallait beaucoup de courage pour cela. Comme je le lui disais, dans ma lettre suivante, je craignais surtout que le courage qu'il me fallait ne soit rien à côté de celui qu'il faudrait à l'éditeur...

Mais de toute façon, la question du courage est intéressante. Publier son journal intime, c'est un peu comme se mettre nu en public. Il y a certainement de quoi rougir. Mais quand on rougit, c'est, je crois, à la pensée que ce qu'on montre n'est pas forcément très beau à voir. Et je pense, à ce propos, à cette secte chrétienne du Canada dont les membres lorsqu'ils doivent comparaître en justice, se dénudent systématiquement devant la cour et le public pour montrer leur innocence au grand jour. Dans cette attendrissante coutume, je vois au fond la même démarche que celle des peintres du sacré, qui, depuis des siècles représentent fréquemment l'enfant Jésus nu, pour en exprimer précisément la pureté et l'innocence.

Donc, pour se garder de verser dans les extrêmes, je dirais que si Dieu est nu ce n'est pas une raison pour l'homme de se dénuder - car d'abord il n'est pas Dieu. Mais, qu'à l'inverse, ce n'est pas non plus une raison de ne pas le faire. Que chacun fasse à sa guise ! Car au fond chacun a ses raisons de s'estimer innocent, ceux qui ne veulent pas se montrer nus n'ont pas confiance dans le jugement d'autrui, c'est tout.

Pour moi, si je ne recule pas devant cette épreuve, c'est que je pense que, comparé au député italien et vedette du porno qui montrait ses seins à la télévision, je ressemblerais plutôt à un exhibitionniste du métro dont la modeste prestation reste peu appréciée mais qui insiste néanmoins. J'ajouterais que même si je souffrirais certainement de m'entendre sévèrement jugé, cela ne m'inquiète pas trop pour le moment, car je n'en sens pas le danger bien proche encore.

D'ailleurs si j'ai écrit mon journal intime, c'est à défaut de me sentir capable d'écrire quelque chose d'autre pour le moment. J'espère que ce ne sera qu'une étape. D'autre part, cet exercice d'écriture m'a fait comprendre pas mal de chose au fil des jours - c'est bien le moins que je pouvais en attendre - et notamment l'identité des "démons ricaneurs du passé", selon une formule que je traînais depuis des années sans l'avoir élucidée et qui aurait pu servir de titre, tant elle est centrale.

En ce qui concerne le titre, sans avoir jamais lu aucun journal intime, sauf quelques extraits du Journal d'Anne Frank, j'avais cependant remarqué que ce genre littéraire était comme le Port-salut, que c'était écrit dessus. Donc, pour respecter la tradition, j'avais a priori imaginé le titre commençant par le mot journal. Et comme, avant même de commencer à écrire, le poids de mes obsessions me faisait clairement sentir d'avance ce que j'allais y mettre, je voulais l'intituler : Journal d'une Vie Gâchée. Puis, chemin faisant, j'ai trouvé que ce titre était un peu simpliste. Quand j'ai eu dépassé la moitié et que je me suis résolu à continuer pendant un an et un jour, soit un jour de plus que ma résolution initiale, j'ai pensé que le titre devrait commencer par : Un An et un Jour... Alors, j'ai penché pour : Un An et un Jour, d'une Vie sans Rime ni Raison. Puis, trouvant que cela faisait un peu trop long, pour : Un An et un Jour, d'une Vie sans Raison. Enfin, trouvant le "sans Raison" trop plat et sans mystère, je me suis décidé pour : Un An et un Jour, d'une Vie sans Rime.

C'est alors que j'ai repensé à ma première visite chez le médecin rééducateur ou plutôt à une des phrases qu'il a eues au cours de cette visite mémorable. Je venais de sortir de l'hôpital et depuis la minute de même de l'accident, tout était allé de mal en pis. Pour simplifier disons que j'avais perdu ma femme, mon travail et mes jambes. Je me demandais où cela allait s'arrêter, lorsque j'ai découvert le docteur Rodin.

Le chirurgien qui m'avait mis dans l'état où j'étais ou du moins qui y avait bien contribué, m'avait royalement donné un congé de maladie de quinze jours et vingt séances de rééducation. Que faire ? Catherine., une des rares à m'avoir témoigné un peu de sympathie, me donna le numéro de téléphone de son frère, médecin rééducateur, qui dirigeait un centre dans le Nord. Aussitôt, je l'appelais, il était prêt à me prendre si j'obtenais l'autorisation de transfert de la sécurité sociale, mais en attendant mieux il me donna le numéro de téléphone d'un confrère parisien en qui il avait toute confiance. J'appelai immédiatement, pour m'entendre dire que je n'aurais pas de rendez-vous avant un mois... sauf, si je pouvais être là une heure plus tard pour profiter d'un trou. De Draveil à Paris, j'avais juste le temps. Illico, j'appelais un taxi par téléphone et je sautais sur mes béquilles.

M'ayant invité à m'asseoir, Rodin m'écoutait raconter mon histoire et remplissant ma fiche. Quand j'ai eu décrit l'intervention chirurgicale que j'avais subit, il m'interrompit par un : "Qui est-ce qui a fait ça ?", qui m'a fait devenir blanc comme un linge. Après m'avoir examiné, il m'a dit que dans l'état où j'étais, il se refusait à faire quelque pronostic que ce soit, il s'offrait de me prendre dans son centre de rééducation à l'hôpital de Gonesse... On verrait dans trois mois. Poussant un peu plus loin la conversation, il me dit que la rupture de tendon d'Achille, qui m'avait valu d'être opéré à répétition depuis deux mois, ne nécessitait pas de traitement chirurgical. En fait, toute son attitude me l'avait déjà fait comprendre, mais c'était tellement dur à avaler que je ne pus m'empêcher de lui déclarer que ce qu'il me disait était "dur à entendre". "Que voulez-vous, m'a-t-il rétorqué, on ne peut pas vivre de regrets !"

Cette phrase de bons sens, me paraît assez bien illustrer mon propos.

Mais avec un bon titre ou pas, même s'il est armé d'un optimisme à toute épreuve celui qui écrit un journal doit savoir que, s'il n'est pas déjà sous le feu des projecteurs, aucun éditeur n'en voudra. Je ne croyais plus au Père Noël mais j'ai quand même essayé de contacter quelques éditeurs, pensant que leurs refus m'apprendraient quelque chose. C'était encore trop optimiste ! Ils refusent pratiquement sans un mot. Une seule fois... et c'était même drôle ! J'avais pris la peine de sélectionner des éditeurs ayant une collection qui publiait ce genre de textes, disons les témoignages. Après un passage au standard, j'ai une dame au bout du fil à laquelle je déclare que j'ai écrit un journal intime. "Qu'est-ce que vous entendez par journal intime ?" me demande-t-elle alors sur un ton pincée où je sentais une désapprobation naissante. Un peu déconcerté, je lui explique quand même qu'un journal intime consiste à noter chaque jour les événements marquants et les réflexions qu'ils ont suscité. "Oh, ça c'est bien !" m'envoya-t-elle alors, visiblement rassurée sur l'écrit et sur l'homme. Je n'avais plus à être marqué à l'encre rouge, c'était déjà ça, mais je n'ai pas eu droit au tapis rouge non plus.


Journal d'un quinqua

..................................A l'assaut de la cinquantaine


L'avis d'un éditeur

Comme j'avais la chance d'avoir un ami dans l'édition il m'a fait la grâce de passer mon manuscrit à un éditeur de ses relations, Loris Talmart, qui depuis nous a quitté. Monsieur Talmart lui a fait cette réponse :

Vous m'avez demandé mon avis, le voici. Je pensais qu'il s'agissait d'un faux journal, c'est-à-dire un roman présenté sous forme de journal (comme le Journal d'un Curé de Campagne, par exemple). Il n'en est rien. C'est un vrai journal. Ce genre littéraire a ses amateurs, mais le public ne s'intéresse qu'aux journaux des gens connus, célèbres. Ce manuscrit n'est pas publiable actuellement. Il faut attendre que l'auteur ait conquis la notoriété par des oeuvres d'imagination ou des essais, des biographies, etc. Cela dit, ce journal est bien écrit, il ya beaucoup de réflexions intéressantes, de remarques fines qui rendent l'auteur sympathique. Ce n'est pas un esprit secondaire. Ce qui se dégage de la lecture de son manuscrit c'est une grande impression de morosité, un sentiment de continuelle lassitude, une sorte de délectation dans l'échec, les ratages. Ce pourrait être une originalité et justifier la publication d'un document venu d'un écrivain sans réputation, malheureusement le journal de la morosité, de l'échec et de leur analyse impitoyable a déjà été fait, et avec quelle maîtrise, par Amiel qui nous a laissé ses 40 000 pages mondialement célèbres. Je pense donc que ce journal, venant après ce monument de désespérance, n'est pas susceptible, ni maintenant ni plus tard, d'un vrai succès philosophique, littéraire ; ce ne pourrait être au mieux (en cas de grande notoriété de l'auteur) qu'une curiosité.

On ne peut être plus clair !

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dimanche, juillet 22 2007

Press-book de "lui ou Moi"


" IN GIRUM IMUS NOCTE ET CONSUMIMUR IGNI "

Nous tournons en rond dans la nuit et sommes consumés par le feu

Guy Debord, fondateur de l'Internationale Lettriste puis de l'Internationale Situationniste, a utilisé le palindrome latin ci-dessus (attribué à Virgile) comme titre de son ultime film, pour exprimer la situation de ceux qui se soumettent à la règle d’un jeu perdu d’avance. La perte ne peut être compensée, il n'y a point de salut, pas de transcendance. La Dérive, sorte de Carpe Diem moderniste, était sa réponse à toute l’aliénation ambiante : analyser le spectacle infantilisant du monde moderne pour ne pas en faire partie.

Album
Debord aurait voulu que les oeuvres de Marx soient traduites en bande dessinée, car c'était, selon lui, la seule forme d'expression moderne totalement populaire. Mais il voyait dans le cinéma, l'intrument privilégié de l'agitation, à condition d'y ajouter la théorie. "Il ne comprend rien à ce qu'il agite." disait-il de Godard. Comme on pouvait le voir dans son dernier film, pour Debord la prise de vue était à prendre au pied de la lettre, puisqu'il a utilisé des images prises à d'autres, selon le principe du détournement, pour les assembler en une succession de plans fixes un peu à la façon de Chris Marker avec La Jetée. Quand j’ai vu le film, à sa sortie, il y avait trois spectateurs dans la salle. C’est bien la preuve que le spectaculaire n’est pas l’image. Il peut être dans l’image, ou autour d'elle, comme ailleurs et notamment dans un texte, la publicité mélangeant habilement les deux.

Press-Book de lui ou Moi

Qu’en est-il alors de l’écriture littéraire, si critiquée par ce même Debord ? La question est de savoir si c’est un travail dès le départ ou si, comme le jeu de l’enfant, c’est d’abord la recherche de son adéquation au monde sans intermédiaire. L’œuvre est peut-être aussi la manifestation du "monde" de l'artiste comme synthèse unitaire de toutes ses expérience et existerait, en premier lieu, pour elle-même avant de devenir marchandise. Hegel était sans doute de l’avis contraire, puisque le travail était, selon lui, le moyen pour l’esclave de devenir le maître du maître... Engel lui a emboîté le pas avec son traité : Le Travail... En bref : comment on est passé du singe à l’homme. Comment ? hé bien péniblement... et ça continue !

Press-Book de lui ou Moi
Donc, je ne suis pas certain que je travaille lorsque je me pique d’être auteur, du moins tant que je me borne à aligner les mots. C'est une autre histoire, en revanche, quand je peine à essayer de me faire reconnaître comme tel, par tel ou tel.

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mercredi, juillet 4 2007

NICOLA ou la péniche engloutie

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“Nicola se révélait soudain comme l'alchimiste que je n'étais pas capable d'être. Du libertin quelque peu vain et superficiel qu'elle avait d'abord écarté puis utilisé sur les conseils de Gael, elle avait fait quelque chose dans son cœur. Le secret de cette transmutation était peut-être qu'elle avait su aller assez profond pour découvrir les trésors engloutis. Elle ne voulait rien perdre et osait rêver d'un avenir pour nous deux, de prendre son envol avec l'amour, tandis que moi, tout alourdi de mes préjugés, j'étais incapable de la rejoindre”.

Une rencontre fugitive sur le quai d'une gare londonienne, l'été 1974, va conduire le jeune homme à se pencher sur son passé et à raconter une histoire d'abord à ses amis puis à sa plume... La silhouette entrevue est-elle celle de la jeune fille, avec qui il a vécu une liaison partiellement inassouvie quelque dix années auparavant ? Il ne le saura pas ! Mais, par l'écriture, il va revivre son enfance, écartelée entre plusieurs familles, et ses premières années de jeunesse et de liberté, où, livré à lui-même, il ne s'interdisait rien. Tous ces souvenirs, qui remontent de façon irrépressible, composent peu à peu le tableau d'un passé qu'il aurait plutôt voulu oublier et, en dessinant les contours de son impuissance affective, lui montrent la genèse de son échec face à une femme qu'il avait, à cette époque déjà, seulement entrevue.

Nicola

********************************L'auteur avec ses amis en 1974*****


Un roman d'apprentissage


On raconte que sur son lit de mort, Hegel, en parlant de la Phénoménologie de l’Esprit – son oeuvre la plus remarquée, aurait déclaré : “Il n’y en a qu’un qui m’a compris, et encore, il m’a mal compris.” Baltazar Gracian, plus prudent, s’adresse d’emblée au lecteur de son traité : Art et Figures de l’Esprit, indirectement dans ces termes : “O toi, mon livre (...) prie malgré tout le ciel de t’accorder le bonheur d’un lecteur qui te comprenne !” Loin de moi l’idée de me comparer à ces auteurs éminents, puisque aussi bien, à toutes les différences qui m’en séparent déjà j’en ajouterais encore une : je n’ai pas l’impression que les lecteurs, au bout du compte, soient plus bêtes que les autres.

“La mémoire est le présent du passé”, disait saint Augustin. Ma mémoire me joue des tours, car j’ai l’impression de n’être en rien capable d’oublier. Alors plutôt que de tourner sans cesse dans sa tête des souvenirs insomniaques, mieux vaut les coucher sur le papier. Or comme tout bon journaliste, j’ai longtemps caressé le projet de me consacrer à l’écriture littéraire, laissant là les pis-aller. Cela conduit tout naturellement au roman, car, à l’exception de l’interview dont le dialogue est un peu théâtral (voir “X Y Z” et “lui ou Moi”, sur le blog), l’article journalistique est essentiellement une histoire que l’on raconte. Début 2005 ma plume s’est mise en mouvement et je me suis mis à raconter... non plus ce que j’avais appris la veille mais des choses qui avaient longtemps séjourné entre deux eaux avant de remonter à la surface.

Evidemment comme plumitif j’en connaissais d’autres et notamment des écrivains. L’un d’entre eux qui avait réussi, après bien des difficultés, à faire publier un premier roman autobiographique, m’avait donné quelques conseils sur le modus operandi en insistant sur l’accroche liminaire qui devait, selon lui, présenter un meurtre ou un viol. Plutôt écœuré par cette idée je suis quand même parti, sans bien m’en rendre compte, sur quelque chose qui n’en était, somme toute, pas si éloigné. Chemin faisant, mélangeant sans cesse les deux ingrédients fondamentaux, je suis passé de l’amour de la violence à la violence de l’amour.

Six mois plus tard j’avais une histoire que je me suis empressé de montrer à mes amis. Immédiatement la question de l’accroche s’est reposée. Le premier, après un moment de flottement, a été séduit. “D’abord on ne comprend pas ce dont tu parles et puis ça s’éclaire...” m’a-t-il dit. Le second, un confrère, a rejeté mon début catégoriquement disant que personne n’irait plus loin que la première page. Un peu désemparé, je me suis souvenu de mes débuts comme journaliste. J’écrivais mes articles et je les plaçais ensuite dans un panier sur le bureau du rédacteur en chef. En fin de journée, ce dernier me faisait venir et me disait chaque fois à peu près la même chose : “J’ai vu ton article, il n’est pas mal, oui... Mais tu vois, je mettrais plutôt la fin au début... bon, le début à la fin et tu me reprends le milieu.” – Ils disent tous ça ! Si d’aventure vous devenez rédacteur en chef, avec cette phrase vous savez l’essentiel – facile donc ! J’ai mis la fin au début : l’été 1974 à Londres, une rencontre, et toute l’histoire est venue s’y enchâsser sous forme de réminiscences, selon une architecture des plus classiques.

C’eût été trop facile si cela avait plu à tout le monde ! Par la suite, un lecteur enthousiaste sur le style et la progression psychologique m’a fait en premier reproche de ne pas commencer au vrai début, par la naissance ; et secondairement de trop m’appesantir sur les amis, notamment sur Pierre le premier d’entre tous. Michel, l’éditeur de Pierre Soury (le Pierre historique) avait été plus concis, à la lecture du premier jet, en me gratifiant d’un péremptoire “C'est nombrilesque !” A ce jugement, plus moral que littérraire, je répondrais que pour pouvoir décrire le monde il faut bien le contempler en premier lieu, alors que ce soit par le nombril ou autre organe, qu’importe ? Et si la narration sentimentale l’a laissé froid tel ne fut pas le cas de la jeunesse de notre ami. “J’ai vu Pierre en construction, je l’avais rencontré déjà construit” a-t-il précisé sans me reprocher, du moins explicitement, d’être iconoclaste bien que les aficionados de Chaînes et Nœuds imaginent plutôt un Pierre sorti adulte et tout armé de la tête de Lacan. Mais un auteur ne peut que se réjouir qu’un éditeur lui fasse une vraie réponse, comme celle-ci par exemple :

Comme nous vous l’avions promis, nous avons lu votre roman Nicola avec attention. Nous avons aimé la forme, votre écriture limpide, élégante, parfois caustique. Nous nous posons toutefois, quant au fond, la même question que l’un de vos personnages, s’il était bien opportun de s’étendre sur l’enfance du héros. Nicola n’occupe qu’une partie minime du livre et, finalement, on en sait moins sur elle que sur Renate ou les Anglaises. Nous avions évoqué, au Salon du Livre, la subjectivité de notre maison d’édition. Et mentionné ce qui revient le plus souvent dans notre catalogue, un mélange particulier, presque spécifique, de vécu et de fiction. Instants, fragments de vie recyclés, toujours traités en gros plan. C’est ce qui nous manque dans votre récit : l’instant Nicola que le titre promet.

Ces réflexions m’ont tout d’abord désarçonné... Celle de Michel étant totalement subjective, rien à dire ! Sinon que le récitant, le récit et sa présentation sont trois choses différentes. Celle concernant la place de Nicola dans le récit, comme il y a là un aspect objectif, donc quantifiable, je me suis dis “Vérifions !” Nicola, bien que présente dès la première phrase, disparaît effectivement dans les deuxième et troisième chapitres. Mais cela est rapportable à la structure du “roman d’apprentissage” qui s’applique à montrer un parcours assez long. Or, tous comptes faits, le prénom Nicola apparaît 150 fois, contre quelque 130 fois pour les mots “père” et “mère”, sensiblement à égalité, 120 fois pour “Pierre”, loin devant les autres amis, seulement 77 fois pour “Gael”, l'autre Anglaise, et encore moins pour “Renate” avec 70 occurrences seulement. En revanche le pronom “je” apparaît environ 1500 fois... (jeu du nombril ou de l’œil...) Encore faut-il préciser qu’une quarantaine de ces “je” désigne Nicola elle-même dans ses monologues intérieurs présentés en français (licence poétique) et si l’on ajoute toutes les fois où elle est introduite à la troisième personne par “elle” ou une métaphore la désignant : “Anglaise”, “colombe” etc. Elle apparaît près de 300 fois. CQFD !

Sans doute, le destin de Nicola était de paraître discrète, même dans ce roman qu’il faut peut-être lire entre les lignes. Il resterait évidemment à écrire une histoire où le “je” serait la jeune Anglaise du début à la fin. Mais ça c’est, si j’ose dire, une autre paire de manches ! “L’image est dans mon cerveau !” disait fréquemment mon père-géniteur, parlant de la réalité tout en montrant, par ses actions, qu’il la voyait bien plus clairement ailleurs. Pour parler comme lui, la femme que je rappelle serait dans mon "cerveau électronique" comme une photo à retoucher. Elle est plutôt un esprit dans mon cœur et si je veux l'incarner dans mes phrases, je dois faire plus que caresser un phantasme, sinon l’écriture ne serait vraiment qu’un exercice narcissique. Alors, peut-être piqué au vif par le grief de nombrilisme adressé à la 1ère mouture, pour la deuxième je me suis décidé à donner vraiment la parole à mon héroïne, en ouvrant le livre de ses pensées. Cela n'a l'air de rien, sans doute, mais il faut oser : le verbe créateur ! Comme je n'arrivais pas à m'y mettre, j'ai puérilement choisi le jour de la saint Frédéric pour me lancer ; et ça a marché... Bagatelle, me direz-vous, gaminerie pour ce qui n'est que l'enfance de l'art ! Je ne crois pas. Car, comme pour la bagatelle aussi bien que pour bien d'autres choses qui semblent ensuite aller de soi, il doit y avoir une première fois qui se révèle décisive.

Pour ce qui est d’écrire... décrire, le difficile est de décider : voilà comment les choses se sont passées, ce qui a été fait ou n’a pas été fait. Le souvenir est le seul lieu pour ce qui n’a pas été fait, c'est une vision. Bouddha, dit-on, a découvert ce qui donne la vision et la connaissance. Cela commence par la compréhension juste, qui mène à la pensée juste, puis à la parole juste qui mène enfin à l’action juste. La parole juste exprime la réalité de la relation, même chose à la danse ou dans l’art martial pour le mouvement. L’écriture est-elle la parole et le mouvement ensemble ?

Si l’écriture a le mérite de ses exigences, à l’état brut elle ne peut suffire. Et si les muses sont les filles de la mémoire, il faut forcément aller au-delà de la simple mémoire. Ce qu’il faut montrer, démontrer et démonter c’est l’antithèse des personnages et des sexes, par la description dans l’action et hors de l’action. Passant par l’écriture, le passé apparaît comme le soleil après une éclipse. La pensée va à la rencontre de la mémoire. Il apparaît peu à peu, dans le passé ,tout ce qui n’a pu y être mis au présent. Chacun s’éclaire de son devenir et qui, à un moment, croit être lui-même peut se révéler ensuite n'être qu'un Frankenstein à la manière de Robert Mulligan, l’homme aux vingt-six personnalités. "Il a en lui, au cœur, la parole étrangère qu’il n’entend pas mais qui pourtant lui commande." dit Maurice Bellet dans l’Ecoute. C’est dans ce château avec un fantôme à chaque étage, et par cette parole labyrinthique qu’il s’adresse à elle... mais la forme réfléchie est justement fausse puisque, au lieu de soi-même, il adresse sa propre négation. L’amour est le mouvement unificateur inverse.

L’ami Pierre avait son idée sur les femmes, ou plutôt, ses idées sur la femme. Il pensait que pour la femme spécialement l’amour arrive à une conclusion. A l’homme, donc, d’entretenir la flamme du souvenir, comme Gainsbourg qui chante que les amours mortes n’en finissent pas de mourir. Pourquoi une telle différence ? En amour, nous nous engageons malgré nous etprenons des risques que nous sommes incapables de mesurer. Homme ou femme peu importe ! dirais-je. Tout est imprévisible, mais à l'épreuve du temps, qui est la grande colonne à distiller, on voit bien que tout ce qui brillait n’était pas d’or, car lui seul reste inaltérable. La morale de l’histoire c’est tel est pris qui croyait prendre.

Quel est le coeur de l’histoire ? Un mime fait apparaître l’invisible, le hiéroglyphe est gravé en creux. Dans cette histoire, comme à la danse, c'est l'homme qui conduit, par l'écriture hors du récit et par l'action dans le récit ; du moins le croît-il. Et comme à la danse la seule fin possible est de mettre la femme en valeur. Elle est une femme par sa vertu propre. Son amant n’a fait que de la coucher dans un lit de Procuste affectif, trop grand pour l’érotisme, trop petit pour de l’amour. Quand la réalité ancienne se lézarde le souvenir prend de la patine et il reste alors cette jeune fille de dix-huit ans qu’il paraît tout à fait monstrueux de faire souffrir un seul instant. Avec “J’ai fait ce que pouvais !” point de héros ni d’héroïne. L’excuse aplatit toute la réalité : les choses ne sont que ce qu’elles sont. On ne peut jamais faire que ce qu’on fait. C’est le serpent qui se mord la queue. Mais l’imagination c’est justement de voir les choses autrement, les modes conditionnel et subjonctif sont là pour faire entrer l’irréel dans le réel.

Mais qu’est-ce donc que le réel ? On dit que toutes les chansons racontent la même histoire... Alors pourquoi noircir des pages et des pages avec une longue histoire, des lieux, des personnages, quand dans la saynète suivante, cueillie sur les planches, en quelques mots tout est dit :
– Je t’aime.
– Il y a un truc que j’ai oublié de te dire hier soir.
– Je t’aime.
– Voilà, je ne suis pas un type bien, mais jolie comme tu es, je suis sûr que tu trouveras mieux.
– Je t’aime.
– Non, tu vois, je suis en train de draguer ta voisine de palier, c’est un peu compliqué...
– Je t’aime.
– Bon, ben salut hein ! merci pour tout et à la prochaine.

Pourquoi en rajouter s’il n’y a rien de plus à dire ? Dans son essai Danser sa Vie, Garaudy répond que l’écrivain n’a rien à dire, il est une manière de dire.

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mardi, avril 17 2007

Images du Monde flottant



Le monde flottant c'est, au Japon de l'époque d'Edo, le monde des artistes : geisha, danseuses, acteurs, saltimbanques, qui vivaient sur des embarcations. Ce monde de la scène a inspiré les peintres et donné de nombreuses images... Ukiyo-e, les images du monde flottant se sont multipliées grâce aux estampes que les Japonais de l'époque achetaient comme souvenir de voyage et celles-là constituent maintenant une bonne partie de la mémoire de ce monde disparu.

Poème sur l'impermanence du monde

Tournis

Le monde qui tourne autour de moi
et qui me donne le tournis
Le monde est un moulin

Avec son aile unique
inlassable balancier qui tourne autour d'elle
La terre est un moulin

Avec son essieu brûlant
qui moud une farine d'or
le système solaire est un moulin

Avec son aile lactée
qui perle les étoiles
et brille comme une voile blanche, tendue au firmament
la galaxie est un moulin

Avec ses galaxies partout semées
répandues comme des ailes éparses
qui moud le temps dans un mouvement vertigineux
l'univers est un moulin

Avec le sang qui bat mes tempes
comme les ailes rouges du désir
et qui tourne sans fin
sur l'essieu de mon coeur
et qu'il grince ou qu'il chante
jamais ne me laisse de répit
mon désir est un moulin

Avec tout ce que je vois
et tout ce que je ne vois pas
je le fais aussi grand que je veux
l'objet de mon désir est un moulin



Japon.gif

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lundi, avril 16 2007

lui ou Moi, une autre pièce facile à monter : un seul décor, trois personnages.


Questions : Le meutre est-il inévitable ? Est-il à la base de tout ?

Pour la question délicate du nombre de personnages... C'est tout l'un ou tout l'autre ! S'il ne convient pas, se reporter à l'introduction de X Y Z, ci-dessous, et à la multiplication des pains.

Cain_Abel_15_.jpg

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samedi, avril 14 2007

Press-book d'X Y Z


Ah, vous êtes auteur ! Méconnu...

Dans le film emblématique de Marcel Carné : Les Enfants du Paradis, au cours du souper improvisé dans sa loge, Frederick Lemaître (interprété par Pierre Brasseur) interroge Lacenaire (interprété par Marcel Herrand) sur ses autres activités en dehors de voleur et assassin, qui lui répond :
“Vous n’allez pas me croire, j’écris des pièces de théâtre.
– Ah, vous êtes auteur ! Méconnu...
– Oui, méconnu, méconnu, mais je n’en ressens aucun dépit...”

Press-book d'X Y Z
Sans doute Lacenaire écrivait-il ses pièces directement dans la vie réelle, sur la chair et avec du sang, sûr qu’un jour il serait reconnu et donc connu, ce qui le gardait bien évidemment de tout sentiment de dépit. Pour celui qui écrit avec de l’encre, serait-ce celle du toner de son tambour... Quand le vin est tiré il faut bien le boire ! Et comme il est trop triste de boire seul - mieux vaut la coupe empoisonnée, en dépit de tout - il ne reste plus qu’à prendre son bâton de pèlerin pour un second itinéraire dans les lettres... lettres de rejet plus ou moins sèches qui sont la compagnie de l’auteur méconnu.

Avec les horions, quelques bénédictions !

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jeudi, avril 12 2007

X Y Z, une pièce facile à monter : un seul décor, trois personnages.


Le premier homme rencontre la première femme, surprise, ravissement ! Ils se reconnaissent d'abord et se connaissent ensuite. Mais quelqu'un troubla la fête...

Voilà toute l'histoire en un seul décor. Qui s'en plaindra ? Mais pour les trois personnages c'est autre chose, ce petit comité pouvant rebuter certaines riches compagnies. Plusieurs solutions sont alors envisageables. Premièrement celle qui consiste à faire interpréter un même personnage par une succession d'acteurs, comme ce fut le cas, par exemple, en 1977 dans le Macbeth de Memet Ulusoy, où le rôle titre fut tenu par quatre comédiens différents dont une comédienne. Une autre approche serait de découvrir des rôles cachés, comme celui de Lilith évoquée par "elle, elle" dans le texte qui, cela va sans dire, pourrait faire l'objet d'une apparition. Mais la méthode la plus féconde pour peupler la scène serait sans doute celle qui fut mise en oeuvre par le Théâtre Français, l'année dernière, avec Les Fables de la Fontaine, où des acteurs interprètent les animaux, par moments sans parole. Ainsi, dans X Y Z (où nous avons déjà un serpent locace) le lion, la biche, le zèbre, la panthère, la tortue, entre autres, pourraient donner lieu à une interprétation sans parole et même, dans le cas du perroquet, avec.


Adam et Eve

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